Le genre conversationnel par les pure players: production d’information en collectif

Cyril Lemieux
Le genre conversationnel par les pure players: production d’information en collectif

Conclusion

Le genre conversationnel développé par les pure players réévalue la parole ordinaire sans parvenir à la production d’une information en collectif

Depuis 1998 pour Fluctuat, 2007 pour Rue 89 et 2009 pour Slate, des travailleurs de l’information, journalistes ou amateurs, le plus souvent les deux mélangés, tentent l’aventure du journalisme Web 2.0.

Les fondateurs de ces médias ont en commun d’avoir perçu le potentiel du support Web et sa capacité à améliorer le travail d’information des journalistes. La massification des blogueurs amateurs était considérée comme un nouveau concurrent par les journalistes établis, les éditeurs qui font le pari du journalisme Web préfèrent y voir une manne d’innovations éditoriales, une source permanente de nouvelles sources d’information à exploiter ainsi qu’un moyen de réconcilier les journalistes avec leur public, de plus en plus réflexif quand à son rôle de spectateur et actif dans sa critique du système médiatique.

Sur Internet, la culture Web qui s’est démocratisée avec la généralisation des sites d’auto-publication à partir de la fin des années 1990[1] a massifié le pouvoir critique des sans-voix, sans visibilité médiatique car hors de l’agenda des médias traditionnels.

Nous l’avons vu avec la mise en réseau de plusieurs projets de médias alternatifs par l’intermédiaire d’Internet, en réaction à l’inaboutissement de projets médiatiques alternatifs comme le NOMIC (Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication de l’UNESCO) dans l’espace public traditionnel. Les blogs incitent les individus ordinaires à « devenir média ».

Ainsi, nous avons vu dans une première partie que le développement des outils d’auto-publication sur Internet avait véhiculé l’idée que le journalisme était peut-être en train de devenir une pratique professionnelle superflue à l’heure où l’information circule de plus en plus au sein de réseaux d’affinité internes, où l’information « par le bas » est venue concurrencer l’agenda médiatique traditionnel. Certains blogueurs spécialisés osent le pronostic d’une information sans journalistes avec Internet:

« Quiconque est rémunéré pour une tâche en déduit deux choses – fût-ce contre tout bon sens: premièrement, que ce qu’il fait est important; deuxièmement, que cela continuera à l’être de toute éternité. Il en va ainsi, de nos jours, avec l’une des catégories socioprofessionnelles auxquelles le développement d’Internet pourrait faire un sort: les journalistes sportifs. »[2]

Cette utopie d’une information sans journalistes a été le déclencheur d’expérimentations éditoriales avec comme projet éditorial de donner la parole aux internautes pour fabriquer l’information, avec le développement de sites d’information citoyenne comme Ohmynews ou Agora Vox. On constate donc aujourd’hui que ce que la

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Projets éditoriaux, relations aux lecteurs plus personnalisées

Bénabar, la pépinière de Rue 89
Projets éditoriaux, relations aux lecteurs plus personnalisées

3) Des projets éditoriaux de plus en plus réflexifs et des relations aux lecteurs plus personnalisées: les lecteurs s’emparent des médias

La nouvelle écologie de l’information apparue avec le journalisme de lien rend le processus de formation de l’information aussi important que l’information elle-même.

« Sur le papier, le processus mène au produit. En ligne, le processus est le produit », constate Jeff Jarvis[1]. La part de l’édition d’une information, de sa mise en page, diminue à mesure que le lecteur peut naviguer par les liens vers la source directe de l’information, vers les archives présentes dans le « Web documentaire », vers les forums de discussions autour de cet article ou vers des sources complémentaires de blogueurs spécialistes ou d’autres médias.

Pour les sites pure players d’information, la disparition du bouclage donne une nouvelle envergure à des phases jusque là non-discursives de la production de l’information: la pré-publication et la post-publication de l’article. Sur Rue 89, la phase de sélection et de hiérarchisation de l’information est donc rendue visible sur le site. Le média joue le jeu de la transparence en offrant aux lecteurs la possibilité de voir et de participer à la conférence de rédaction. Lors du chat hebdomadaire entre la rédaction et les internautes qui accompagne la conférence de rédaction, ces derniers sont appelés à commenter au moyen de sondages le traitement des sujets traités la semaine passée par les journalistes[2].

Cette nouvelle forme de participation dépasse la notion d’« auteur en collectif » qui ne s’arrête que sur l’aspect collectif à l’intérieur des articles[3]. Ici, c’est plus globalement le projet éditorial qui est débattu et adopté en complémentarité avec les internautes: il s’agit d’une méthode de coproduction que les sites d’auto-publication ne peuvent pas entreprendre, et donc d’une plus-value innovante et inédite des sites d’information pure players (Rue 89 est, à ma connaissance, le seul à l’avoir entrepris à l’heure actuelle de manière aussi transparente).

[1] http://www.buzzmachine.com/2008/04/14/the-press-becomes-the-press-sphere/

[2] Conférence de rédaction du 03/07/2009, 10h25

Rue89 a-t-il bien traité la mort de Michael Jackson ?

Oui ( 43% )

Non ( 0% )

Je ne sais pas ( 57% )

http://www.rue89.com/2009/01/14/participez-a-la-conference-de-redaction-en-ligne

[3] Weissberg parle d’ « auteur en collectif » pour donner un nom aux articles de blogs qui recourent au liens hypertextes pour compléter leur information, et dont le contenu est donc à la fois dans le texte et dans les liens, Ce qui modifie le statut d’auteur sur Internet, sans le faire disparaître.

Jean-Louis Weissberg, « auteur, nomination individuelle et coopération productive », Solaris, n°7, 2001

La formation de l’information peut alors devenir une information en soi, et le média s’ouvrir à des formes de mise en abyme de son processus éditorial. L’interview de Bénabar par Pascal Riché et François Krug en est un bon exemple. Sur le site, le visuel

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Les journalistes Web: genre assis, debout, ou polyvalent?

journalistes web
Les journalistes Web: genre assis, debout, ou polyvalent?

2) Les journalistes Web: genre assis, debout, ou polyvalent ?

Dans la preière partie de la recherche, nous avons évoqué la polémique née d’un article de Xavier Ternisien, journaliste au Monde, à propos des journalistes Web qu’il qualifiait de « forçats de l’info ».

Un des arguments intéressants dans l’article polémique du journaliste est celui de la sédentarité des journalistes Web. Le « genre assis » se serait définitivement imposé dans le paysage des journalistes avec l’arrivée des sites Internet de presse. Derrière les témoignages de journalistes qui passent leur journée devant leur écran à recopier des dépêches d’agence pour les poster au plus vite sur le réseau, le journaliste marque un grand coup dans l’imaginaire du profil type du journaliste.

Le genre noble du reporter est obsolète, l’heure est au travailleur réactif et connecté 24h/24h au réseau Internet, incapable de se détacher de son écran. Evidemment, le constat est tiré à gros traits, l’exagération sert un papier persuasif, et les réactions des journalistes Web prouvent que Xavier Ternisien a réussi dans la provocation.

L’argument est approfondi par Roger Cohen du New-York-Times. Le journaliste se demande si la culture de l’écran n’est pas en train de faire disparaître la culture du terrain, pourtant essentielle à la crédibilité des journalistes, partant de l’exemple des troubles sociaux en Iran où les journalistes du monde entier étaient collés à Twitter pour recevoir des « breaking news ». Nous l’avons déjà évoqué plus haut, le rôle du journaliste a évolué sur Internet.

Avec la participation des individus ordinaires, il est fréquent que l’information provienne d’une source amateur, le travail du journaliste se résumant à recouper l’information et vérifier sa véracité avant de la publier. « To be a journalist is to bear witness »[1] affirme Roger Cohen, la connotation du verbe “bear” rappelant la gravité du rôle social du journaliste et l’exigence du rôle de témoin.

L’impératif de ce rôle de témoin est de suivre l’information de ses propres yeux sur le terrain. Or, « interconnexion is not presence »[2] rappelle l’éditorialiste, en expliquant que quelque que soit la quantité des informations en provenance des amateurs, la masse des informations ne remplacera jamais un travail exigeant de reportage de terrain.

L’évolution vers le genre assis n’est pas propre aux journalistes Web, mais pour ces derniers, l’absence de rite du bouclage de l’édition transforme la production d’information en un flux permanent, pouvant dériver selon l’article de Xavier Ternisien en une sorte d’addiction à l’écran, entre la recherche permanente de l’actualité fraîche et la réponse en direct aux commentaires des lecteurs.

Pourtant, considérer que genre assis et genre debout sont incompatibles sur le Web n’a plus de sens à l’heure actuelle. D’un côté parce que les rédactions Web et papier des grands quotidiens sont en train de se fondre en une même rédaction, quand ce n’est pas déjà le cas comme au New-York Times. Les journalistes partent alors en

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Communauté de lecteurs ou réseau des médias 100% Web

Communauté de lecteurs

B – Les médias 100% Web pris dans la destruction créatrice

Dans la première partie de notre recherche, nous avons situé les médias 100% Web dans un contexte économique, technologique et culturel de destruction créatrice.

Les éditeurs de presse sont incités à investir dans un nouvel espace de publication, le Web, où les règles d’adresse au lecteur, les formats d’information et les possibilités techniques de diffusion de l’information n’ont pas grand-chose à voir avec le journalisme papier. Nous avons vu que les critères de qualité et de professionnalisme journalistiques n’ont pas été révolutionnés.

En d’autre terme, les critères classiques de légitimité et de crédibilité ne sont pas révolus avec le Web, Slate fait d’ailleurs le pari de la continuité entre l’espace public traditionnel et l’espace numérique, comme le témoigne Johan Hufnagel:

« On fait le pari du long, du « je » et du lien. Si ça ne marche pas c’est un échec pour la qualité. Slate est dans le genre journalistique long contre le genre du buzz et de l’information courte et rapide à consommer. Cela implique une meilleure présentation pour que la lecture soit agréable. »

Cependant, il est des normes culturelles que les éditeurs ne peuvent négliger s’ils veulent drainer une audience suffisante à attirer les annonceurs, dans un modèle de marché où les lecteurs ne paient pas pour accéder au contenu. S’en suit une injonction à l’innovation permanente, pour être en phase aux attentes fluctuantes des internautes et aux nouvelles tendances du Web.

D’aucuns considèrent que l’écriture Web est dominée par des logiques marketing qui incitent à faire court et à privilégier la vidéo sur le texte. Par destruction créatrice on entend création de nouveaux formats d’information qui transforment la relation traditionnelle émetteur-récepteur de l’information sur le Web.

Cette évolution conditionnée par les nouveaux comportements de consommation de l’information implique, nous allons le développer dans cette dernière partie, de nouvelles tâches pour les journalistes, et de nouveaux outils pour attirer l’audience et la contribution des lecteurs sur les sites pure players.

L’enjeu des éditeurs est donc de trouver un nouveau modèle qui soit à la fois rentable économiquement et capable de fidéliser une communauté de lecteurs qui participent à la construction collective de l’information pilotée en amont par les journalistes.

1) Les consommacteurs « digérés » par les éditeurs 100% Web

Les sites pure players ont à cœur de récupérer la participation des lecteurs acteurs et auteurs, mais chaque éditeur utilise la stratégie qui correspond à son image de marque et à son projet éditorial.

Rue 89 est le site qui va le plus loin dans l’ouverture aux amateurs. Tout d’abord parce que le site a ouvert un espace réservé aux

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New new journalism: médias Web, sites d’information participative

new new journalism
New new journalism: médias Web, sites d’information participative

Le new new journalism sera conversationnel ou ne sera pas

Parler ici de new new journalism est un abus de langage. Il existe aux Etats-Unis un courant étiqueté comme new new journalism, qui se positionne dans le prolongement du new journalism des années 1970.

Par rapport au new journalism qui soutenait que les formes littéraires devaient venir enrichir l’écriture journalistique, que l’écrivain pouvait camper un personnage, lui, et construire un texte à partir d’une subjectivité assumée pour décrire le réel. Un des aspects du new new journalism contemporain le rapproche de notre étude. Il s’agit de l’évolution vers un reportage des faits et des vies ordinaires.

Le nouveau nouveau journalisme est la littérature du quotidien. Si les scénarios étranges et personnages extraordinaires de Wolfe[1] débordent de la page, le nouveau nouveau journalisme va dans la direction opposée, en creusant dans les soubassements de la vie ordinaire, en explorant ce que Gay Talese appelle le « présent fictif qui flotte sous le flot de la réalité« [2]

Le courant du nouveau nouveau journalisme se rapprocherait alors de ce journalisme ethnographique répertorié par Erik Neveu (voir p.57), dans son attention aux personnes de la vie ordinaire, tout en cherchant à développer une forme littéraire et non académique d’écriture journalistique.

Quand nous parlons de nouveau nouveau journalisme, c’est dans une acception un peu différente, pour constater d’un côté l’enrôlement des personnes ordinaires dans le discours journalistique, et de l’autre l’appropriation du récit journalistique par le public avec les possibilités de l’outil Web.

Nous posons comme innovation majeure du journalisme Web cette émergence d’un récit conversationnel comme forme inédite d’écriture journalistique. Dans certains articles, la conversation est mise en scène à l’intérieur

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L’adaptation à la culture Web varie selon les projets éditoriaux

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2) L’adaptation à la culture Web varie selon les projets éditoriaux

Selon Roselyne Ringoot, la ligne éditoriale n’est pas « ce que les journalistes et les responsables de publication en disent, mais ce qui est construit dans le discours du journal.

D’où l’utilité de croiser les deux discours (discours sur le journal et discours du journal) de manière à évaluer leur cohérence ou leur incohérence »[1]. Après avoir analysé le discours des journalistes sur leur site, la dimension programmatique de la ligne éditoriale, nous allons nous arrêter sur sa dimension « résultative et performative »[2], c’est-à-dire non plus le discours sur le site mais le discours du site.

A travers l’analyse du discours éditorial des trois sites étalé sur la semaine du 6 au 13 juillet 2009, nous pouvons tracer des tendances lourdes des discours et confirmer ou infirmer l’ancrage des trois sites pure players dans la culture Web.

Choisir un corpus d’une semaine empêche de prendre la distance nécessaire aux variations de longue durée du discours éditorial de chaque site, d’autant plus que le mois de juillet est une période creuse en terme d’actualité.

Notre étude n’aura donc pas une ambition généralisatrice et explicative, nous utiliserons les données pour ce qu’elles sont: les traces du discours éditorial des trois sites pure players à un moment particulier de leur histoire, un instantané des évolutions éditoriales pendant une période circonscrite.

En outre, la courte durée de l’analyse du discours est contrebalancée par la dimension comparative de l’étude qui garantie une montée en généralité. Une semaine de comparaison éditoriale permet de distinguer d’un côté les occurrences de discours entre les titres mais aussi les marques du discours qui les singularisent les uns des autres.

Roselyne Ringoot évoque trois axes de signification dans le discours d’un média:

Nous nous sommes arrêtés sur le premier, l’étude de la construction de sens lié à la morphologie du média (format, segmentation, distribution des surfaces). Nous allons à présent nous intéresser aux deux suivants:

« l’étude des identités énonciatives journalistiques, soit comment le journal se nomme et nomme ses auteurs, comment il objective l’information (fonction catégorisante des rubriques) et comment il joue sur les propriétés des genres, des angles et des titres et le troisième est celui de la polyphonie journalistique: qui fait-on parler comment et pourquoi ? »[3]

Tout d’abord, il est bon d’avoir à l’esprit quelques repères quantitatifs. Sur la période hebdomadaire du 6 au 13 juillet, Rue 89 a publié 78 articles sur sa page d’accueil, Slate 69, tandis que les articles en Une de Fluctuat ne se chiffrent qu’à 12.

Il existe donc une politique de publication bien dissociable entre les trois sites, pour les raisons évoquées plus haut. Rue 89 est un site de news ayant pour vocation de suivre l’actualité chaude du moment. Slate s’appuie sur l’actualité pour proposer un contenu plus analytique et distancié, d’où une fréquence de publication moindre. Fluctuat

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L’interactivité avec lecteurs et l’ouverture au réseau

Alexandre Boucherot
L’interactivité avec lecteurs et l’ouverture au réseau

Les Unes des sites affichent l’interactivité avec les lecteurs et l’ouverture au réseau par les liens hypertextes

Les sites pure players jouent la carte de la participation des lecteurs pour refonder une communauté basée autour d’actions communes plus que de valeurs.

On peut avoir un aperçu de cette participation par sa mise en scène en Une des sites. Slate insère une rubrique « participer » en-dessous de sa Une, pas encore assez visible de l’avis de Johan Hufnagel, qui propose une charte des commentaires et un lien vers les statuts Facebook et Twitter du site (et celui de Slate.com). La notion de participation est donc double: une première consiste à s’inscrire à la communauté en ligne pour pouvoir laisser des commentaires et proposer des articles et des liens vers des articles et des vidéos en ligne.

Une autre, plus indirecte, consiste à suivre l’actualité du site sur Facebook ou Twitter. Cette seconde stratégie hors-média permet d’exporter l’image du site hors du média depuis sa page d’accueil et de créer de la circulation entre les réseaux sociaux et le site. Une stratégie indispensable selon Emmanuel Torregano, journaliste du site Electron Web, auteur d’une série d’articles sur la fin du Web.

Selon lui le Web 2.0 disparaîtrait actuellement en faveur d’une nouvelle ère de consommation du réseau (du piratage au streaming, d’un business plan rentable pour quelques-uns à la gratuité pour tous etc.), il constate pour le domaine de l’information que « l’accès à un site n’est plus seulement une question de « lien hypertexte » mais plutôt le fruit d’un processus de recommandations sociales ou affinitaires ».

Et d’expliquer que « le Web était un rhizome, fait de liens s’interconnectant, le Digital-Me est un océan, avec à sa surface des plis et des replis ». Cette métaphore marine a le mérite de faire comprendre une évolution récente du fonctionnement du Web due à l’extension des réseaux sociaux: les internautes passent de plus en plus de temps sur ces réseaux, notamment pour s’y informer par leurs réseaux d’affinité.

Nous constatons que les trois pure players ont intégré cette évolution de manière réactive et invitent les internautes à circuler entre leur site et les réseaux sociaux. Emmanuel Torregano avance que « la satisfaction que l’on tire d’un service n’est fonction que de sa capacité à être le reflet du monde en ligne.

Le pionnier du Digital-Me ne choisit pas un service sur ce qu’il lui apporte, mais sur la capacité que ce dernier a de lui permettre d’interagir sur le réseau. Plus ce service est capable d’inter-opérer et plus grande est sa valeur »[1].

Facebook est le premier réseau social sur Internet (plus de 200 millions de membres), Twitter est le réseau de micro-blogging qui prend de l’ampleur à une vitesse flagrante. Déjà, les moteurs de recherche Google et Bing (le nouveau concurrent de Google de Microsoft) songeraient à publier des

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La Une des sites pure player, L’omniprésence de l’image

Elsa Boublil France-Inter
La Une des sites pure player, L’omniprésence de l’image

b) La « Une » des sites pure player: info multimédia, instantanéité et construction d’une image de marque

Dans son étude socio-sémiologique sur le discours du journalisme, Roselyne Ringoot confère un rôle clé à la Une d’un journal dans la définition du discours éditorial d’un journal.

La chercheuse y voit « une fonction d’interface qui s’apparente à un rituel d’ouverture, de prise de contact avec le lecteur »[1].

Ainsi, l’étude de la Une permettrait de mettre en évidence le contrat de lecture que les éditeurs souhaitent instaurer avec leur auditoire. La « Une » serait aussi l’espace de construction de l’image de marque du média, une construction décisive pour que les lecteurs d’un journal puissent reconnaître et se fier à un titre de presse.

Est-ce le cas pour un site Internet ? Fragmentation de l’audience drainée en majorité par les moteurs de recherches, diversification des lieux de visibilité du site, de Facebook à Twitter, le contrat de lecture entre un site Internet et son public a évolué par rapport à l’analyse du discours des journaux. Pourtant, développer une marque reconnaissable, instaurer une communauté autour d’un titre restent des enjeux majeurs pour l’avenir des pure players.

A l’ère du « digital me »[2] où les internautes demandent de plus en plus aux médias d’être des prestataires de service en-dehors de leur site, construire une image de marque exportable sur la toile est un enjeu au moins aussi déterminant qu’à l’ère de la presse papier.

Mais les exigences et les contraintes liées au support et à la consommation des internautes impliquent de repenser l’interface entre l’information et le lecteur sur le Web. Nous allons donc nous arrêter dans cette partie sur les choix éditoriaux effectués par les trois pure players par rapport à cet impératif de changement de relation au lecteur, et nous les utiliserons pour comprendre les discours éditoriaux de chaque site, leur degrés d’adaptation à la doxa de l’information participative et à celle du journalisme de lien.

L’omniprésence de l’image sublime-t-elle ou remplace-t-elle l’écrit ?

Sur Slate.fr, la place attribuée à l’image est fondamentale. Celle de l’article temporairement placé en Une remplit à elle seule 40% de l’écran[3]. En dessous, trois vignettes signalent les autres principaux titres développés par la rédaction.

Le choix des illustrations répond à un double objectif d’esthétique et de signification. Le couple image-titre doit suffire à intéresser le lecteur: tant l’image que le choix du titre qui l’accompagne doivent être pertinents, à la fois informatifs et incitatifs. Rue 89 a aussi choisi le visuel comme principal interface de l’internaute avec l’information.

En Une sur la colonne centrale, une image prévaut sur les autres rubriques. Sur Fluctuat, ce n’est pas un mais plusieurs sujets qui font la Une temporaire du site (au moyen d’une Une diaporama où chaque image est un lien vers le dernier

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Les promesses éditoriales des pure players: l’esprit Web et l’indépendance

esprit Web

1) Du webzine cyberculturel Fluctuat à l’éditorialisme en ligne de Slate en passant par l’information à trois voix de Rue 89:  les projets éditoriaux pure player à l’étude

a) Les promesses éditoriales des trois pure players: l’ « esprit Web » et l’image d’indépendance

Derrière le sigle commun de média pure players, des projets éditoriaux pluriels sont à l’œuvre.

Chaque site au sein de ce genre rédactionnel favorise des formats rédactionnels (la place à la vidéo, le taux d’ouverture du site sur les contenus extérieurs du Web par les liens hypertextes, les genres d’écriture au sein des articles etc. sont autant d’occurrences qui révèlent les choix éditoriaux des sites), des choix économiques, interagit plus ou moins avec sa communauté de lecteurs etc. Retenons donc pour l’instant la définition minimaliste des pure players, ce qui les rapproche: ce sont des publications d’information à caractère généraliste ayant pour unique support Internet, sans être liées à une édition papier.

Le Web constitue la totalité de leur production éditoriale et les internautes sont leurs récepteurs exclusifs. Cette définition se limite au dispositif de communication mais n’aborde pas les spécificités des projets éditoriaux, du ton et des membres actifs de chaque site. A travers les trois médias étudiés, autant de modèles éditoriaux se profilent, mais une même contrainte éditoriale structure les messages des sites, du fait de leur support Web.

Pour Fluctuat, difficile de parler à l’origine de site d’information à caractère généraliste. Il s’agit bien plus d’un webzine concentré sur une niche de lecteurs. Lancé en août 1998 par des « passionnés de cyberculture »[1], le site se concentre sur la culture et plus spécifiquement sur la création numérique:

« Au départ le site est uniquement contributif, bénévole, avec d’un côté des approches classiques de la culture, avec des gens qui viennent de fac de lettres, et de l’autre des analyses sur la cyberculture naissante, ce qui donnera le blog aeiou en 2002. C’est ce qui fait l’originalité de Fluctuat par rapport aux sites des Inrocks ou de Télérama,

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Evaluation des innovations des sites d’information généraliste pure players

Les médias pure player: derrière le sigle commun, des projets divergents et hybrides, à l’avant-garde du renouveau éditorial de la presse en ligne (II)

A – Evaluation des innovations des sites d’information généraliste pure players : entre mélange des genres rédactionnels et digestion des nouvelles pratiques cyberculturelles

Les innovations éditoriales des médias pure players sur lesquels nous allons nous pencher correspondent avant tout à une quête d’audience, dans un marché à entrée unique (quand le public ne paie pas l’information, les annonceurs constituent la majorité des ressources d’un site).

Création éditoriale singulière, à la frontière entre blogging et journalisme, les médias 100% Web entrent en concurrence avec les médias établis d’un côté et les blogueurs et sites d’information citoyenne de l’autre. Reste à trouver un modèle économique et un mode d’énonciation particulier pour fidéliser une tranche du public et perdurer sur la toile. Qu’ils soient nés de la première vague de la création de sites Internet comme Fluctuat ou plus récents comme Slate et Rue 89, les sites d’information pure players se posent la question cruciale de la fidélisation d’un public sur un support où les lecteurs ont la possibilité de naviguer d’un contenu à un autre sans s’intéresser à la source de l’information.

Nous allons nous intéresser à l’évolution du discours éditorial des sites pure players pour réussir à être visibles dans cet environnement de concurrence, avec en creux un mélange entre continuité des outils du journalisme traditionnel et expérimentations vers des pratiques rendues possibles par les nouvelles technologies de communication.

Sur le Web, nous tenterons donc de comprendre comment le nouveau discours éditorial est moins une spécialité floue et « dominée » décrite par certains chercheurs qu’un genre d’information évolutif et porteur d’expérimentations. Outre le constat de la transposition de genres journalistiques anciens comme l’éditorial ou le feuilleton (le storytelling ou journalisme narratif trouve sur Internet un second souffle), le journalisme Web innove avec un genre d’écriture « conversationnel », basé sur un travail de post-publication des journalistes. En d’autres termes, partant du préalable théorique qu’un genre médiatique surdétermine la production journalistique, et que la presse en

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Des blogs de journaliste aux médias pure players, médias 100% web

blogs de journaliste

3) Des blogs de journaliste aux médias pure players: le travail de repositionnement éditorial des médias 100% web

Nous avons vu avec la polémique sur les « forçats de l’info » que les acteurs des médias traditionnels analysent la valeur de l’information sur Internet selon le prisme du genre journalistique « noble », de qualité, qui ne peut être partagé entre le média de la presse et les nouveaux médias Internet.

On peut dès lors distinguer deux trajectoires de la profession par rapport au journalisme en ligne: ceux qui pensent le journalisme en ligne comme la réussite ou l’échec du passage de la presse écrite au numérique et les autres qui intègrent à l’étiquette « journalistes Web » les médias 100% web.

Ces derniers sont moins concernés par la polémique car ils tentent à l’inverse de proposer une information dans un format modelé aux normes du Web, à l’intersection entre les critères de la publication traditionnelle de l’information et de la nouvelle culture de transmission horizontale et affinitaire apparue sur le Web. Si les blogs persos permettent aux journalistes de compléter l’information qu’ils drainent sur le support traditionnel du média employeur, les médias pure player proposent une dimension collective et éditorialisée d’information acculturée au Web 2.0.

L’ambition des journalistes blogueurs de compléter leur travail sur un espace plus libre et informel se retrouve dans les médias pure-players, mais sous une forme professionnalisée, et avec l’ambition de devenir des références sur la toile.

En d’autres termes, les médias 100% Web consacrent la volonté de proposer un contenu éditorial uniquement disponible en ligne dans un espace à priori étranger à la diffusion verticale de l’information. On pourrait douter de cette initiative en supposant d’un côté que les lecteurs fidèles à une marque (Le Monde, Libération, Le Figaro) le resteront sur le Web, et d’autre part le refus des internautes initiés au réseau à se conformer à une information éditorialisée et médiatisée. Pourtant, les initiatives de médias pure players se multiplient en France.

Nous avons ressassé quelques exemples américains car ils ont été les pionniers du genre, mais la France a aussi ses acteurs pure players. Des exemples plutôt déconsidérés dans un premier temps. Selon Yannick Estienne, l’esprit des sites pure players, à de rares exceptions près[1], est plus proche de la start-up que de l’entreprise de presse. D’une part parce que les médias 100% Web, même à leur âge d’or, n’auraient pas réussit à attirer des journalistes de la presse de référence. De l’autre, le « journalisme Web » serait connoté:

« cette appellation générique concourt à rendre encore plus floue que dans les médias traditionnels la frontière

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Des blogs citoyens aux journalistes blogueurs

journalistes blogueurs
B – La presse en ligne, un nouveau genre médiatique ? L’évolution de la pratique journalistique sur et par le Web

I- Les journalistes Web

2) Des blogs citoyens aux journalistes blogueurs

Les blogs servent d’outil de mise en scène de soi, nous l’avons évoqué plus haut.

Les skyblogs en sont en France l’illustration la plus massive, avec 5.978.000 blogs actifs selon le président de Skyrock Pierre Bellanger en novembre 2006. Mais il existe d’autres utilisations de l’outil blog. Dominique Cardon distingue quatre types de discours dans les blogs. Les blogs où l’énoncé est incorporé dans l’énonciation, ceux où l’énoncé est encastré dans les activités de l’énonciateur, ceux où l’énoncé exprime une des facettes de l’énonciateur et enfin ceux où l’énoncé est détaché de l’énonciateur[1].

[1] Dominique Cardon et Hélène Delaunay-Tétérel, « La production de soi comme technique relationnelle, un essai de typologie des blogs par leurs publics » (université d’été de la FING, 2006) in Réseaux, n° 138, 2006

[2] Valérie Jeanne-Perrier, Florence Le Cam et Nicolas Pelissier, « les sites web d’auto-publication : observatoires privilégiés des effervescences et des débordements journalistiques en tout genre », in Roselyne Ringoot et Jean-Michel Utard (direction), Le journalisme en invention, nouvelles pratiques, nouveaux acteurs, Edition PUR, Rennes, 2006, p.186

[3] La course à la maison blanche, http://liberationwashington.typepad.com/. Pascal Riché nous explique dans un entretien mené à Rue 89 que ce blog va le confirmer dans son envie de construire une autre forme de journalisme sur le Web.

Les deux premières catégories sont plus proches du journal intime ; les deux suivantes se rapprochent de pratiques informatives où l’énonciateur ne se met pas en scène à travers l’énoncé, mais utilise l’outil de publication pour diffuser des informations, raconter des évènements, traiter de l’actualité d’un secteur qui le passionne etc. Pour qualifier les blogs au contenu informatif alimentés par des amateurs, qui « représentent la catégorie la plus importante dans le panorama des weblogs d’actualité »[2],

Florence Le Cam, Nicolas Pélissier et Valérie Jeanne-Perrier ont créé la catégorie des swapie, pour « sites Web d’auto-publication d’information éthique ». Ainsi, non seulement les blogs, outils qui se généralisent à partir de 1999, servent de nouveau support de socialisation, mais ils ont aussi

« permis le développement important de l’actualité sur l’Internet ».

Si les chercheurs y décèlent un phénomène de démocratisation de l’information et d’appropriation de l’actualité par les amateurs, ils évoquent néanmoins quelques exemples de blogs de journalistes. Les premiers blogs de journalistes sont en majorité des blogs sur les nouvelles technologies, avec un accent promotionnel, ou des blogs rattachés à un évènement particulier et temporaire, comme le blog de Pascal Riché sur les élections américaines pour

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Les journalistes Web sont-ils des forçats de l’information ?

Google, Bing, Yahoo

I- Les journalistes Web

B – La presse en ligne, un nouveau genre médiatique ? L’évolution de la pratique journalistique sur et par le Web

1) Les journalistes Web sont-ils des « forçats de l’information »?

Nous l’avons vu, chez les premiers sites Web des journaux papiers, les critères de l’édition, attachés au triptyque édition/publication/diffusion, n’intègrent pas les nouveaux modes de consommation de l’information des internautes.

Cet inadéquation éditoriale a posé un double problème. Tout d’abord au niveau économique, avec le passage du double (annonceurs-lecteurs) au marché unique (annonceurs) pour les sites qui décident de rendre leur contenu accessible gratuitement aux lecteurs.

Ensuite, parce que le monopole de diffusion de l’information détenu par les médias a été remis en cause par le couple moteurs de recherche-blogueurs sur Internet, et les médias traditionnels doivent trouver un nouveau paradigme pour continuer à être des acteurs dans la recommandation et la hiérarchisation de l’information qui circule sur le web. Ces deux contraintes nées de la convergence numérique ont eu pour effet de dévaluer le rôle du journaliste Web, obligé à créer plus de contenu, plus vite, mais avec moins de moyens.

Après la création en cascade des sites Web des titres de presse avant les années 2000, l’explosion de la bulle Internet a rendu le contexte économique de production de l’information difficile La publicité était devenue la première ressource des sites qui s’étaient alignés sur la logique de la gratuité de l’information. On revient alors à des modèles économiques hybrides en faisant payer certains services aux lecteurs, et en laissant la majorité du contenu accessible gratuitement. Le site du monde est le premier à lancer la formule « Premium » en 2002, en réservant aux seuls lecteurs

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Les entreprises de presse face à la convergence numérique

Matt Drudge : Matt_Drudge

2) Les entreprises de presse face à la convergence numérique : de la fenêtre d’opportunité à l’adaptation de la profession journalistique à la culture numérique

Outil alternatif et critique du modèle de l’industrie de la culture et de l’information pour les hackers, moyen de contourner les intermédiaires de l’espace public traditionnel pour les blogueurs,

le Web est aussi devenu pour les médias traditionnel un espace permettant de renouveler une audience en baisse et de diversifier les supports de sa production. Ici, la proposition de diviser le Web entre Web social, Web documentaire et Web d’information par le blogueur Nicolas Vanbremeersch permet de constater que des formats de communication hétérogènes ont convergé sur le Web après avoir longtemps été déployés sur des supports distincts.

Les trois Web seraient disposés selon une logique sociale où prime la sociabilité directe, non médiatisée, et une logique d’information où on retrouve la logique de publication et de diffusion des émetteurs traditionnels : universitaires, médias, entreprises. Pour Nicolas Vanbremeersch, la révolution de l’information sur le Web se trouve à l’intersection entre ces deux logiques[1].

[1] Nicolas Vanbremeersch, De la démocratie numérique, Edition du Seuil, Paris, 2009, p. 27

Pour cet optimiste du Web, promoteur de « la démocratie numérique », l’appropriation des outils d’information par les utilisateurs, grâce aux outils de discussion du Web 2.0 a renversé la hiérarchie traditionnelle et redonne à l’information une vertu démocratique, au sens participatif du terme.

Entre les utilisateurs ordinaires et les informaticiens, on retrouve donc les journalistes. Franck Rebillard souligne que la généralisation du codage numérique a permis de concrétiser le projet d’autoroute de l’information qu’ils avaient impulsés avec la généralisation de l’informatique dans les années 1970 (généralisation de l’utilisation de l’ordinateur dans les salles de rédaction).

On retrouve donc sur Internet trois secteurs jusqu’ici séparés : les télécommunications, l’industrie de la culture et de la communication et l’informatique. L’espace numérique, de lieu d’échange alternatif, est

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Généralisation des outils d’auto-publication et naissance des blogs

auto-publication et naissance des blogs

b) Généralisation des outils d’auto-publication et naissance des blogs

Cette culture Web[1] n’est pas éloignée du terme de cyberculture qui apparaît dans les années 1990.

La cyberculture établit une double évolution : elle consacre de nouvelles productions culturelles et, plus généralement, elle propose un nouveau rapport à la culture.

Ces nouvelles productions, appuyées par l’appropriation des outils d’autoproduction sur Internet par le grand public, (les « web logs » devenus blogs, audioblogs, vidéoblogs etc.) ont connu une massification rapide, créant un véritable territoire virtuel : « le Web est une toile d’araignée faite de liens (html) et de points de rencontre entre ces liens, les sites et pages qui forment le réseau»[2].

La généralisation des CMS (systèmes de gestion de contenu) a permis aux internautes de s’approprier ces outils pour en faire un nouvel espace de communication interactif et foisonnant :

« l’immensité du web nécessite de prendre l’image de l’univers : il y a plus de sites que d’étoiles dans le ciel »[3].

De l’espace alternatif conçu par les hackers, le Web 2.0 est devenu un espace où les configurations de communication se sont démultipliées. On a commencé à parler de Web 2.0 au lendemain de la bulle Internet qui a secoué le secteurs des nouvelles technologies d’information et de communication en 2000.

Pour beaucoup, le « nouveau Web » qui se recompose après la bulle Internet est beaucoup plus adapté à l’utilisateur lambda, ce qui explique la massification de l’utilisation des outils de communication mis à la disposition des individus ordinaires :

“Le web 2.0 repose sur un ensemble de modèles de conception : des systèmes architecturaux plus intelligents qui permettent aux gens de les utiliser, des modèles d’affaires légers qui rendent possible la syndication et la coopération

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