Conclusion
Le genre conversationnel développé par les pure players réévalue la parole ordinaire sans parvenir à la production d’une information en collectif
Depuis 1998 pour Fluctuat, 2007 pour Rue 89 et 2009 pour Slate, des travailleurs de l’information, journalistes ou amateurs, le plus souvent les deux mélangés, tentent l’aventure du journalisme Web 2.0.
Les fondateurs de ces médias ont en commun d’avoir perçu le potentiel du support Web et sa capacité à améliorer le travail d’information des journalistes. La massification des blogueurs amateurs était considérée comme un nouveau concurrent par les journalistes établis, les éditeurs qui font le pari du journalisme Web préfèrent y voir une manne d’innovations éditoriales, une source permanente de nouvelles sources d’information à exploiter ainsi qu’un moyen de réconcilier les journalistes avec leur public, de plus en plus réflexif quand à son rôle de spectateur et actif dans sa critique du système médiatique.
Sur Internet, la culture Web qui s’est démocratisée avec la généralisation des sites d’auto-publication à partir de la fin des années 1990[1] a massifié le pouvoir critique des sans-voix, sans visibilité médiatique car hors de l’agenda des médias traditionnels.
Nous l’avons vu avec la mise en réseau de plusieurs projets de médias alternatifs par l’intermédiaire d’Internet, en réaction à l’inaboutissement de projets médiatiques alternatifs comme le NOMIC (Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication de l’UNESCO) dans l’espace public traditionnel. Les blogs incitent les individus ordinaires à « devenir média ».
Ainsi, nous avons vu dans une première partie que le développement des outils d’auto-publication sur Internet avait véhiculé l’idée que le journalisme était peut-être en train de devenir une pratique professionnelle superflue à l’heure où l’information circule de plus en plus au sein de réseaux d’affinité internes, où l’information « par le bas » est venue concurrencer l’agenda médiatique traditionnel. Certains blogueurs spécialisés osent le pronostic d’une information sans journalistes avec Internet:
« Quiconque est rémunéré pour une tâche en déduit deux choses – fût-ce contre tout bon sens: premièrement, que ce qu’il fait est important; deuxièmement, que cela continuera à l’être de toute éternité. Il en va ainsi, de nos jours, avec l’une des catégories socioprofessionnelles auxquelles le développement d’Internet pourrait faire un sort: les journalistes sportifs. »[2]
Cette utopie d’une information sans journalistes a été le déclencheur d’expérimentations éditoriales avec comme projet éditorial de donner la parole aux internautes pour fabriquer l’information, avec le développement de sites d’information citoyenne comme Ohmynews ou Agora Vox. On constate donc aujourd’hui que ce que la