La réciprocité, l’attente et l’opportunisme – Stratégie des trolls

La réciprocité, l’attente et l’opportunisme – Stratégie des trolls

Section 2

Absence de réciprocité

Dans le cadre d’un litige ayant trait à un brevet et impliquant des parties qui sont toutes deux des entreprises productrices, il est fréquent que le défendeur introduise contre le demandeur une demande reconventionnelle63. Il s’agit d’un mécanisme de défense classique, particulièrement efficace lorsque les parties opèrent dans le même secteur d’activité, plus encore si ce secteur a habituellement recours au mécanisme du brevet pour protéger ses innovations.

Par ce biais, le défendeur introduit sa propre action en contrefaçon contre le demandeur. Bien souvent, cela amènera les parties à conclure des accords de licences dites croisées par lesquels les parties s’autorisent chacune à utiliser le brevet de l’autre64. Lorsque deux entreprises productrices détiennent des brevets complémentaires, elles ont donc chacune un intérêt à coopérer avec l’autre pour éviter une « destruction mutuelle assurée »65.

Par contre, le troll n’a pas d’incitant à obtenir une licence sur un brevet détenu par sa cible et préfèrera obtenir des royalties. En effet, quel intérêt aurait-il à se voir accorder une licence sur un brevet donné, s’il ne produit rien industriellement ? Il est donc moins vulnérable qu’une entreprise productrice, ce qui lui confère un avantage certain dans les négociations avec sa cible.

SECTION 3

L’ATTENTE

L’attente fait partie intégrante de la stratégie des trolls. Comme leur but premier est d’utiliser les brevets qu’ils détiennent afin

Continuer la lecture

Des brevets larges dans des domaines propices au hold-up

Des brevets larges dans des domaines propices au hold-up

Chapitre 2 – Aspects stratégiques

Tout qui a entendu parler des patent trolls a entendu parler du cas « BlackBerry », du nom de ce smartphone développé et commercialisé par la société canadienne Research in Motion (RIM)54. Le premier BlackBerry fut lancé sur le marché en 1999 et, un an plus tard, NTP, Inc.55, une patent holding company, une firme spécialisée dans l’acquisition de brevets, proposa à RIM d’acquérir une licence d’exploitation pour les brevets qu’elle détenait.

Ceux-ci portaient sur une technologie de transfert d’e-mails proche de celle utilisée par le BlackBerry56. Leur proposition restée sans réponse, NTP engagea des poursuites à l’encontre de RIM devant le United States District Court for the Eastern District of Virginia57 en 2001. En août 2003, le tribunal entendit la demande de NTP, reconnut ses brevets comme valides et condamna la société RIM à 53,7 millions de dollars de dommages et intérêts58, la violation ayant été jugée volontaire59.

De plus, le juge prononça une injonction interdisant à RIM de fabriquer, utiliser ou vendre des appareils BlackBerry, ce qui revenait, en fait, à condamner la compagnie à une faillite certaine. La force exécutoire de ce jugement fut cependant maintenue en suspens pendant la procédure d’appel.

Durant la procédure d’appel, des négociations, hors du tribunal, eurent lieu entre les deux parties mais sans succès. Les décisions60 de la United States Court of Appeals for the Federal Circuit confirmèrent partiellement la décision prise en premier degré

Continuer la lecture

Essai de définition des patent trolls

Essai de définition des patent trolls

Section 3

Essai de définition

Des nombreuses définitions dont nous avons pu prendre connaissance, nous proposons de conserver les deux suivantes car elles fournissent les principaux éléments qui permettent de caractériser les patent trolls. La première est le résultat d’un colloque organisé en mars 2005 à Washington D.C. par l’Intellectual Property Owners Association durant lequel les participants cherchèrent à identifier ce qu’était véritablement un patent troll.

Les caractéristiques suivantes émergèrent : les patent trolls ne sont pas eux-mêmes des inventeurs mais sont plutôt des juristes ou investisseurs qui acquièrent, à très bas prix, des paper patents49 d’individus ou de compagnies insolvables50.

La définition retenue par l’Office européen des brevets51 est inspirée des travaux de M. Reitzig, J. Henkel et C. Heath: « Patent trolls try to profit by licensing or selling their (often simplistic) patented technology to a manufacturing firm that, by the time fees are claimed, has already infringed on the troll’s patent (usually unknowingly) and is therefore under intense pressure to reach an agreement with the troll »52.

En combinant les deux définitions données ci-dessus, nous pouvons dire que : le patent troll est (1) une non-practicing entity qui (2) n’a pas inventé la technologie dont elle détient le brevet mais (3) l’a acquise (4) à bas prix (5) auprès de compagnies ou d’individus insolvables et (6) qui cherche à vendre ou octroyer des licences d’exploitation, (7) souvent de manière

Continuer la lecture

Des réalités des patent trolls et la Non-Practicing Entity NPE

Des réalités des patent trolls et la Non-Practicing Entity NPE

Section 2 – Des réalités différentes

La Non-Practicing Entity (NPE) n’est pas unique mais polymorphe : de l’inventeur individuel à la société spécialisée dans l’acquisition de brevets en passant par des sociétés classiques ou des universités. Chacune de ces entités possède la caractéristique de détenir un brevet et de ne pas l’exploiter industriellement. Face à une société qui enfreint leur droit de propriété intellectuelle, elles ont le droit d’agir en cessation et, le cas échéant, d’obtenir des dommages et intérêts.

§1. L’inventeur individuel

Qui ne serait pas fasciné par la fabuleuse histoire de deux étudiants américains qui développèrent dans un garage l’embryon d’un empire informatique ? Ou par la création d’une célèbre boisson gazeuse – soi-disant – due au hasard ? Ou tout simplement, par un quidam qui développe un procédé ou une machine – même sans application industrielle et/ou commerciale évidente –, chez lui, après sa journée de travail?

Ces histoires, bien que parfois romancées, font occuper une place de choix à l’inventeur individuel dans notre inconscient collectif. Des articles sont écrits, des films réalisés sur ces inventeurs indépendants qui, avec des moyens limités, développent, hors des grandes multinationales ou universités, des inventions qui parfois s’avèrent extrêmement bénéfiques à la société dans son ensemble; c’est ce que C. A. Cotropia qualifie d’individual inventor motif46.

Souvent, ces inventeurs ne

Continuer la lecture

Les patent trolls : le terme PATENT TROLL

Les patent trolls : le terme PATENT TROLL

Partie II –

Les patent trolls : un 360°

Dans cette seconde partie, nous nous intéresserons aux patent trolls, au sens large. D’une question de définition, plus ardue à résoudre qu’elle n’apparaît de prime abord, nous identifierons ensuite quelques éléments de la stratégie des trolls.

Le troisième chapitre sera consacré à l’étude des caractéristiques de l’environnement juridico-politico-économique qui favorisent le développement du patent trolling. Ensuite, nous discuterons de l’effet qu’ont les trolls sur l’innovation, par le biais des deux vues principales que l’on peut avoir sur eux : parasites ou intermédiaires de marché. Le panorama ne saurait être complet sans une étude chiffrée de l’ampleur du phénomène : ce sera l’objet du cinquième chapitre.

Chapitre 1. Question de définition : d’une malhonnêteté sémantique à une malhonnêteté comportementale

Qu’est ce qu’un patent troll ? Beaucoup d’auteurs se sont employés au difficile exercice de la définition mais peu ont réussi à en donner une convaincante, suffisamment précise sans être excessive.

Nous étudierons l’origine du terme « patent troll » et ce qu’il recouvre avant de proposer une caractérisation, plutôt qu’une définition, basée sur des critères comportementaux.

SECTION 1.

LE TERME « PATENT TROLL »

A l’origine, un troll est un personnage issu de la mythologie scandinave; c’est un « lutin vivant dans les montagnes ou les forêts »33, ayant une forme humanoïde mais

Continuer la lecture

Innovations cumulatives, Hold-up et Anti-communaux

Innovations cumulatives, Hold-up et Anti-communaux

Chapitre 2 – Innovations cumulatives, Hold-up et Anti-communaux 

Aujourd’hui, de nombreuses innovations sont basées sur – ou directement liées à – d’autres innovations; elles sont dites « cumulatives ». Certes, les inventeurs ont toujours innové « en pyramide », en se basant sur ce qui existait déjà, mais, aujourd’hui, cette situation est exacerbée. Qu’en est-il lorsque le niveau inférieur est protégé par un brevet ?

Il existe deux types d’innovations cumulatives : dans le cas d’innovations séquentielles, une première innovation mène à de nombreuses innovations de deuxième génération. Dans le cas d’innovations complémentaires, une innovation de seconde génération requiert l’utilisation d’un certain nombre d’innovations de première génération. Tantôt un input unique génère de nombreux outputs différents, tantôt de nombreux inputs sont nécessaires à la création d’un unique output.

Dans la pratique, il existe de nombreuses situations « mixtes » dans lesquelles plusieurs inputs sont combinés et peuvent mener à plusieurs outputs. Ainsi, la présente distinction n’a d’autre but que d’identifier les problèmes que génèrent respectivement ces deux types d’innovations cumulatives.

Les innovations séquentielles engendrent – ou peuvent engendrer – un problème de hold-up. Si l’innovateur de première génération est titulaire d’un brevet, il dispose en effet d’un véritable droit de hold-up sur les innovations en aval. Les conséquences sur l’innovation

Continuer la lecture

Droit de brevet : efficacité statique et efficacité dynamique

Droit de brevet : efficacité statique et efficacité dynamique

Section 2

Entre efficacité statique et efficacité dynamique

Une invention est le produit de l’ingéniosité d’un esprit humain et cette création de l’esprit peut être assimilée à une production d’information, de connaissance.

Avec P. Belleflamme et M. Peitz25, nous pouvons considérer que les activités génératrices d’information souffrent de trois sources de défaillance de marché, qui génèrent un problème d’appropriabilité : (1) incertitude; (2) indivisibilités; et (3) externalités.

En ce qui concerne les décisions d’investissement dans des projets de recherche et développement, la gestion du risque est capitale. Ces projets sont, en effet, frappés d’une incertitude, plus ou moins importante, tant technologique que commerciale, et les décisions d’investissement sont toujours liées à celles ayant trait à la gestion du risque.

Les séparer est pratiquement impossible à cause du hasard moral qui apparaît lorsque le transfert du risque porte préjudice à l’efficacité de l’investissement : l’échec est-il la conséquence d’un manque d’effort et/ou d’investissement ou est-il simplement le produit d’une certaine malchance ?26 Cet état de fait mène souvent à un sous-investissement.

La présence d’indivisibilités contribue également au problème d’appropriabilité de la connaissance. La création de connaissance suppose d’importants coûts fixes et présente des économies d’échelle engendrées par la division d’un travail hautement

Continuer la lecture

Quelques notions de propriété intellectuelle, Droit des brevets

Quelques notions de propriété intellectuelle, Droit des brevets

Partie I

Quelques notions de propriété intellectuelle

Afin de ne laisser planer aucune ambigüité sur une série de concepts fondamentaux abordés dans cette étude, nous consacrerons cette première partie à quelques notions de propriété intellectuelle. Le premier chapitre portera sur le droit des brevets, au sens large, tandis que le second s’intéressera aux innovations cumulatives, à leurs caractéristiques propres ainsi qu’aux problèmes particuliers qu’elles peuvent générer.

Chapitre 1. Le Droit des brevets

Traditionnellement, nous pouvons distinguer deux catégories de propriété intellectuelle : la propriété littéraire et artistique et la propriété industrielle. Alors que la première englobe le droit d’auteur et les droits voisins du droit d’auteur (droit des artistes interprètes, droits des auteurs sur les programmes d’ordinateur, droits des producteurs sur les bases de données), la seconde vise, d’une part, la protection des signes distinctifs (marques, nom commercial et indications géographiques) et, d’autre part, les droits sur les inventions et les créations techniques (brevets, dessins et modèles).

Dans cette étude, nous nous concentrerons sur la propriété industrielle et, plus précisément, sur le domaine des brevets.

Dans une première section, nous évoquerons les grands principes du droit des brevets : il s’agira d’une définition en droit. Ensuite, nous nous intéresserons à la justification économique qui sous-tend le mécanisme mis en place par les textes

Continuer la lecture

Les Patent Trolls : Approche descriptive et prospective

Les Patent Trolls : Approche descriptive et prospective

Université Catholique de Louvain – Louvain School of Management

Mémoire-recherche en vue de l’obtention du titre de Master en Ingénieur de gestion

Les Patent Trolls : Approche descriptive et prospective

Promoteur :

PR. PAUL BELLEFLAMME

Mémoire-recherche présenté par

LAURENT SLITS

Année académique

2009 – 2010

TROLL, subst. masc.

MYTH. SCAND. Être malveillant, nain ou géant, revêtant une forme laide tenant à la fois de l’homme et de l’animal avec un gros nez, et habitant des cavernes dans les montagnes ou les forêts1.

Je tiens à exprimer, en ces quelques mots, ma gratitude la plus sincère au Professeur Paul Belleflamme, qui promeut la présente étude. Son expérience académique, tout d’abord, a jalonné notre collaboration d’échanges fructueux : il a stimulé ma réflexion, m’a poussé à voir au-delà du fait, m’a appris à savoir tirer parti tant du juridique que de l’économique et à utiliser mes connaissances pour analyser, critiquer et

Continuer la lecture

Psychosociologie du conflit social et la vocation syndicale

Psychosociologie du conflit social et la vocation syndicale

5 Préconisations

5.1 Redonner vie à la vocation syndicale

Dans un contexte où les 25-35 ans, qui ont grandi dans une société prônant l’individualisme, se désintéressent de l’activité syndicale (ils ne sont pas dans une logique collective mais plus proche de préoccupations individuelles), les programmes des différentes confédérations leurs sont totalement inconnus, le rôle du syndicalisme est totalement biaisé : « Je ne me syndicalise pas car je ne veux pas véhiculer une mauvaise image (que ce soit un mythe ou une réalité …) ».

Les entreprises ont passé un cap aujourd’hui et sont plutôt unanimes sur le sujet de professionnaliser la fonction de représentation du personnel. Pourquoi ne pas aller au bout du raisonnement et redonner ses lettres de noblesse à la fonction syndicale ?

Avoir de nouveau des représentants qui défendent de vraies causes collectives plutôt que des préoccupations minoritaires, voire individuelles.

La solution serait peut-être d’ouvrir les portes de l’entreprise aux confédérations nationales afin de leur permettre de présenter leur programme. D’un côté, cela permettrait de susciter des vocations, évitant ainis les candidature de « planqués ».

De l’autre, la Direction continuerait à favoriser les prises de fonction par des formations adaptées afin de poursuivre la professionnalisation du rôle des Instances Représentatives du Personnel.

Cette convergence d’intérêt permettrait ainsi de transformer les Instances Représentatives du Personnel IRP en «

Continuer la lecture

La prévention des conflits sociaux dans la pratique

De plus, leur approche managériale à tendance paternaliste ne les empêche pas d’être innovants et rentable.
La prévention des conflits sociaux dans la pratique

4 La prévention des conflits dans la pratique

Nous avons modélisé quatre typologies d’entreprises en fonction du risque estimé de conflit social par l’entreprise et du degré d’instrumentation.

4.1 « Les Prévoyants »

Au travers de notre étude, le carré, RATP, SNCF, La Poste et EDF, se démarquent par leurs actions.

Ces entreprises ont pour particularité d’avoir mis en place des observatoires sociaux qui fournissent aux directions des indicateurs ou des informations dans l’optique de prévenir les mouvements sociaux.

En règle générale, ces observatoires fournissent à l’entreprise des données issues de la vie de l’entreprise, de l’environnement politique, depuis la préparation des lois, jusqu’à la déclinaison dans les entreprises en passant par les positions des confédérations syndicales jusqu’aux sections locales.

D’autre part, ces mêmes entreprises (excepté EDF) ont négocié des accords de méthode destinés à organiser le dialogue social, estimant par là même que du dialogue social découle la prévention des conflits sociaux.

Au moment où nous rédigeons ce mémoire, l’efficacité de cette méthode n’est pas totalement démontrée.

Néanmoins la notion de prévention s’inscrivant dans la durée, l’ancienneté de ces accords de méthode n’a peut-être pas encore eu le temps de se mettre en place.

A la RATP, où il a été co-construit par les parties prenantes, cela fonctionne bien.

A la SNCF où l’accord de méthode a été mis en place au moment où planait la menace de

Continuer la lecture

Les moyens de préventions du conflit social

Les moyens de préventions du conflit social

3 Les moyens de préventions

Fort des éléments précédents sur la nature des conflits et les entreprises qui y sont exposés, il convient désormais d’examiner les moyens et les outils pour en prévenir l’apparition.

Tout d’abord qu’est ce que « prévenir » un conflit social ?

C’est comprendre les enjeux sociaux « les irritants »22 pour anticiper et canaliser les risques de conflits sociaux.

C’est aussi donner de la visibilité aux salariés et à leurs représentants sur la stratégie de l’entreprise.

C’est ensuite mettre en œuvre, autant que de besoin, les moyens et outils propres à atteindre cet objectif.

22 « Prévenir et gérer les conflits sociaux dans l’entreprise », Hubert Landier et Daniel Labbé , Editions Liaisons

3.1 Comprendre

Comme vu précédemment, les conflits surgissent dès lors qu’il y a forte divergence entre les intérêts des salariés et des employeurs. Tous nos interlocuteurs soulignent l’importance de transmettre et d’expliquer le plus sincèrement possible les enjeux stratégiques de l’entreprise aux représentants du personnel.

De par l’importance de l’assimilation de ces messages, les Instances Représentatives du Personnel doivent être à même de les comprendre. Pour ce faire, ils doivent être capables d’appréhender la situation de l’entreprise d’un point de vue technique et stratégique.

Cette approche passe donc nécessairement par une professionnalisation des Instances Représentatives du Personnel, proposée et prise en charge par l’entreprise.

Néanmoins, charge aux syndicats de proposer des candidats à la hauteur des enjeux de leur fonction.

Il convient de

Continuer la lecture

Analyse, synthèse et typologie des conflits du travail

Analyse, synthèse et typologie des conflits du travail

Partie 3 

Analyse et synthèse

Il est important de noter que l’analyse des experts rencontrés corrobore presque totalement ce que nous avons pu lire. Ils présentent une approche macroscopique de la prévention des conflits sociaux. De leur côté, les professionnels des Ressources Humaines ont une vision plus éclatée liée à leur vécu ainsi qu’à celui de leur entreprise.

Les syndicats sur le terrain présentent des positions tout aussi éclatées. Les discours confédéraux éprouvent les pires difficultés à imprégner et convaincre la base.

Les chapitres qui suivent s’attachent à présenter une analyse comparative entre les ouvrages et les experts d’un côté ; les praticiens des relations sociales en entreprise de l’autre.

1 Définition du conflit social

Dans la littérature comme pour nos interlocuteurs, le conflit social dans l’entreprise se définit comme :

ƒ Une divergence fondamentale entre les intérêts des salariés et ceux de l’entreprise,

ƒ Le rejet d’une décision prise par la direction, le cas le plus symbolique étant la fermeture d’un établissement avec suppression d’emplois,

ƒ L’échec d’une négociation,

ƒ Une action collective et concertée.

Tous ces points de désaccord ne donnent pas systématiquement lieu à conflits sociaux. Ceux- ci ne peuvent prendre naissance et se développer que dans un contexte propice : ambiance délétère, mauvaises conditions de travail, promesses de la direction non tenues… Leur origine provenant plus souvent de la

Continuer la lecture

La vision des experts à la prévention des conflits sociaux

La vision des experts à la prévention des conflits sociaux

6.2 Gérard ADAM

Gérard ADAM est actuellement conseiller auprès de l’UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie) sur des sujets touchant aux relations sociales, expert judiciaire, médiateur (zone île de France) et consultant.

Il a été journaliste pour « La Croix » et professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers.

L’entretien mené avec Gérard ADAM s’est en grande partie affranchi du fil directeur constitué par le questionnaire.

Notre interlocuteur, expert en relations sociales, nous a livré ses analyses sans avoir besoin de recourir à un guide d’entretien.

Des statistiques trompeuses

Selon Gérard Adam, « les statistiques relatives aux conflits du travail fournies par la DARES sont fausses (elles n’incluent pas le domaine hospitalier, et les petites entreprises ne déclarent pas les jours de grève), et de toutes façons, il faudrait différencier les statistiques sur les grèves de celles des conflits ».

Ce point est confirmé par une étude réalisée par la DARES elle-même.

Cela aura eu au moins pour mérite de nous conforter dans notre choix de n’étudier que les grandes entreprises.

Le conflit mène de moins en moins à la grève …

Les contestations des salariés sont de plus en plus à caractère individuel et ne se manifestent pas forcément par la grève. Ainsi certaines statistiques du Ministère de la Santé pourraient permettre de révéler des conflits larvés : nombre et durée des arrêts maladie. Mais aussi des formes plus

Continuer la lecture

La vision de Régis Reveret à la prévention des conflits sociaux

La vision de Régis Reveret à la prévention des conflits sociaux

Chapitre 6

La vision des experts

6.1 Régis Reveret

Les nouvelles formes de la conflictualité

Après une décennie d’un calme social trompeur, les années 93/95 semblent signer un inattendu retour des conflits sociaux.

Certains commentateurs des événements de novembre/décembre 1995 ont voulu y voir un retour de la lutte des classes. D’autres n’y ont découvert qu’une crispation corporatiste de fonctionnaires et de salariés publics, rétifs devant les ouvertures européennes. Une formule, également, a fait mouche: “grève par procuration”. L’hypothèse sous-tendue étant que les salariés du privé en situation plus précaire vis-à-vis de leur emploi, délègueraient leurs protestations aux salariés du public immunisés au risque de chômage.

En fait, aucune interprétation globale n’est satisfaisante, car ces conflits sociaux sont des puzzles, dont les pièces désassorties peinent à s’imbriquer. Les groupes en lutte sont hétérogènes, les motifs divers, les manifestations conflictuelles polymorphes.

Les détecter à leur source, les prévenir, est une nécessité pour le dirigeant, de l’entreprise comme du syndicat.

Quelle mesure des conflits?

La mesure de la conflictualité (c’est-à-dire la journée/homme non travaillée) telle que pratiquée par le Ministère du Travail, ne peut pas donner satisfaction. Cette notion englobe en fait deux dimensions qui n’ont pas le même impact pour l’entreprise. Autrement dit, une grève de cent salariés

Continuer la lecture