Impacts de la coopération franco-sénégalaise
Impacts de la coopération franco-sénégalaise
La France est restée pendant longtemps un partenaire traditionnel pour le Sénégal. Cela n’est pas sans conséquences. En effet, les Sénégalais ont tendance à percevoir la France comme l’ancien colonisateur qui malgré l’indépendance a maintenu sa présence dans le pays.
Cette situation remet en cause l’idée même d’indépendance. Nous l’avons vu plus haut, l’assistance technique, l’accord sur la circulation des personnes et la convention d’établissement, renforçant la présence française, les Sénégalais se sentent exclus de la gestion de leur propre pays.
Ces assertions convergent pour annoncer notre hypothèse: les populations ont aussi leur point de vue sur la coopération franco-sénégalaise.
En d’autres termes, il est opportun de recueillir leur témoignage sur le sujet. C’est une tâche qui s’annonce difficile car les documents émanant de ces populations sont rares. Souvent c’est le gouvernement qui s’exprime à leur place.
Cependant, ce manque de documentation ne doit pas être une entrave. Les populations, étant les bénéficiaires directes de cette coopération sont les mieux placées pour s’exprimer. Nous tenons à souligner dans cette partie que les sources dont nous nous appuyons sont en quelque sorte subjective.
Les deux sources que nous avons utilisées sont produites par des militants et syndicalistes. Nous pensons que leur témoignage peut être représentatif de l’opinion des populations.
En ce qui concerne la période de révision des accords de coopération, nous nous appuyons sur l’ouvrage de Sally Ndongo, Coopération et néocolonialisme.
Ce dernier considère que ce sont les immigrés qui sont les victimes de la coopération franco-sénégalaise. Son témoignage est important du fait qu’il est lui-même immigré et dirige l’Union générale des travailleurs sénégalais en France.
Ndongo dénonce les conditions de travail et de logement des immigrés africains d’une manière générale et particulièrement des immigrés sénégalais. Pour comprendre sa position, il faut revenir sur le mouvement migratoire du Sénégal vers la France.
En effet, la plupart des ressortissants sénégalais en France sont issus de la région du fleuve Sénégal.
Cette dernière est confrontée à la sécheresse qui accroît davantage la pauvreté des populations. Nous avons précédemment évoqué les énormes investissements agricoles pour l’aménagement du Delta dans le cadre de la SAED.
Ce sont les conséquences de tels aménagements combinées aux aléas climatiques qui ont poussé les paysans à migrer vers la France. Ndongo, issu de cette communauté, était paysan à la base. Il a débarqué en France en tant que “boy” de cuisine avant de trouver un travail à la mairie de Puteaux.
Dans son ouvrage, il fait une comparaison entre les nationaux sénégalais résidents en France et les Français qui vivent au Sénégal.
Si les seconds bénéficient de tout le confort nécessaire pour résider au Sénégal, les premiers peinent à trouver un logement et un travail décent. Ndongo ne donne pas de références pour étayer ses dires mais nous avons démontré dans le deuxième chapitre de la première partie la place importante qu’occupe les expatriés français dans l’économie du Sénégal.
Il s’indigne sur la complicité des États africains face à l’exploitation de leurs ressortissants.
Pour le cas du Sénégal, il condamne Senghor et son gouvernement qui n’ont pas veillé à l’application des accords signés avec la France surtout en matière de sécurité sociale. Ndongo nous livre des faits importants à ce propos.
D’après lui, les travailleurs sénégalais cotisent pour la Caisse d’assurance française mais pour se soigner ou percevoir l’allocation(logement, retraite) demeure un parcours du combattant, ce qui décourage les bénéficiaires. En matière de logement, les travailleurs africains sont cantonnés dans des foyers contrairement aux Français qui ont un logement décent à disposition au Sénégal dans le cadre de leur travail.
Le point le plus important est la perception des Français vis-à-vis des immigrés africains.
Ces derniers sont souvent confrontés à des maladies tropicales qu’ils peuvent contracter ou d’autres, mentales comme l’affirme Ndongo : « Les troubles psychiatriques surviennent le plus souvent dans la période de la crise d’adaptation, du troisième au sixième mois de séjour »113
Selon lui, les immigrés africains sont perçus comme une main-d’œuvre facile à exploiter par le patronat.
Ces passages de son ouvrage nous en dit beaucoup : « toute tentative d’adhésion de sa part à un syndicat provoque, de la part du patronat, des mesures d’intimidation plus directe. Il y a plus : alors qu’en vertu des accords passés entre son pays et la France l’exercice de ses droits syndicaux dans ce dernier pays lui est garanti en principe, il découvre que de sérieuses restrictions en réduisent considérablement la portée »114.
Quant aux forces de l’ordre, elles soumettent ces immigrés à un contrôle permanent.
Dans ce même ouvrage, il nous transcrit le témoignage d’un étudiant sénégalais qui s’est marié avec une Italienne.
Cet étudiant a été victime de violence policière dans la gare malgré le fait qu’il tenait son bébé d’un an et demi dans les bras : « Leurs coups étaient si violents que j’avais perdu connaissance. C’est ainsi que je n’ai pas su à quel endroit j’étais ensuite conduit ».