Application des nouveaux accords de coopération franco-sénégalaise
Application et impacts des nouveaux accords
Les accords de coopération franco-sénégalaise ont été réadaptés le 29 mars 1974 dans l’ensemble. Le contenu des nouveaux accords dessine une nouvelle forme de relation. En effet, les relations très étroites entre les deux peuples ont tendance à disparaître au profit de liens fondés sur le droit commun international.
Cette rupture a eu des impacts au niveau des deux pays surtout dans les domaines économique, social et politique. Nous verrons dans cette partie l’ application des nouveaux accords ainsi que leurs impacts.
L’application des nouveaux accords.
La quasi-totalité des nouveaux accords de coopération franco-sénégalaise a été signée le 29 mars 1974 à Paris à l’exception de trois d’entre eux qui ont vu le jour en septembre de la même année à Dakar. Ces accords devraient entrer en vigueur deux mois après leur signature, cependant la procédure législative demeure très longue, surtout du côté français.
Pourtant le gouvernement français décide d’anticiper l’entrée en vigueur de la nouvelle convention d’établissement et du nouvel accord en matière de circulation des personnes.
La ratification des accords se fait le plus souvent par voie législative à l’Assemblée nationale. Elle peut néanmoins se faire par un simple échange de lettres par les représentants des deux parties. Concernant les nouveaux accords de coopération franco-sénégalaise, nous avons remarqué deux tendances. La partie sénégalaise ne tarde pas à soumettre l’ensemble des accords à l’Assemblée nationale.
Le 20 décembre 1974, cette dernière a voté vingt-neuf projets de loi autorisant le Président de la République à ratifier tous les accords de coopération signés à Paris le 29 mars.
La rapidité de la procédure du côté sénégalais s’explique par le fait que la mouvance présidentielle ne rencontre pas d’opposition ouverte. Il faut savoir que Senghor avait mis en place un système politique reposant le parti unique, comme dans la plupart des États africains, et les partis de l’ opposition vivaient alors dans la clandestinité.
Cette situation confère tous les pouvoirs au Président Senghor, ce malgré la séparation des pouvoirs(O’Brien, Momar-Coumba Diop et Mamadou Diouf, La construction de l’Etat au Sénégal, 2002)
Du côté français, la procédure n ‘était pas si rapide. Il faut attendre deux ans pour que les accords soient ratifiés . En effet, ils n’ont reçu l’approbation de l’Assemblée nationale que le 19 décembre 1975. Par la suite, deux mois ont été nécessaires pour qu’ils prennent effet après la date d’échanges des instruments de ratifications. Ces accords ne sont publiés au Journal officiel de la République française qu’au 17 novembre 1976.
Néanmoins certains accords ne seront pas publiés dans ce journal et nous en ignorons la raison. Dans une dépêche adressée à l’ambassadeur français au Sénégal par son ministre
de tutelle, nous avons repéré une liste d’accords à ne pas publier. Parmi ceux-ci, nous pouvons retenir : les accords militaires, les accords concernant l’état des personnes, les accords de coopération culturelle et technique, les accords en matière économique et financière et enfin l’accord domanial. Cette lente procédure s’explique par le fait que l’Assemblée nationale française est un organe indépendant du pouvoir exécutif: il faut convaincre les députés de l’utilité de ces nouveaux accords.
Néanmoins certains observateurs estiment que ce traitement est exclusivement réservé à la coopération franco-africaine.
Ainsi Jean Chesneau n’a pas manqué de le souligner dans une note à l’attention de Monsieur Georges Roux, conseiller technique au Cabinet du Ministre des affaires étrangères : « En effet une fois signés, ces accords sont au plan interne français voués aux tribulations d’une chaîne procédurière dont la longueur, dans la plupart des cas pourrait semble-t-il être sensiblement réduite, afin de rapprocher de la date de conclusion, celle de la mise en vigueur et d’éviter la création de vides juridiques fâcheux et même dangereux.
Le cas des accords conclus avec le Sénégal en 1974 est particulièrement significatif : signés le 29 mars 1974, ils sont entrés en vigueur en juillet et septembre 1976 et publiés en novembre 1976 »85.
La partie sénégalaise en l’occurrence le gouvernement dénonce également cette procédure et rappelle à tout moment à son partenaire ses engagements. Dans une lettre datée du 26 mai 1976, l’ambassadeur français au Sénégal avait reporté ceci : « Par ailleurs le ministre porte à la connaissance de l’ambassade que le Sénégal a ratifié, depuis le 5 juin 1975, l’ensemble des accords et conventions signés entre les deux pays et qu’il laisse le soin à la partie française de fixer une date pour l’échange des instruments de ratification à Paris »86. Cette attitude de la partie française confirme la remarque de Bourgi sur la coopération franco-sénégalaise.
Il note que le Sénégal applique à la lettre les accords signés avec la France au moment où cette dernière n’a même pas ratifié ces accords par l’Assemblée nationale.
Si le Sénégal ne peut que dénoncer la lenteur de la procédure de son partenaire, il envisage déjà d’autres alternatives. En effet, Senghor déclarait le 2 mai 1974 que : « Il reste que devant le désengagement de la France et l’ignorance de son opinion publique qui nous traite de mendiants de l’Elysée, nous sommes obligés de réfléchir et de chercher un complément, sinon une alternative à la coopération française qui s’affaiblit d’année en année »87. Ces propos font allusion à la diversification des partenaires extérieurs car la politique étrangère du Sénégal se limitait à la France.