Le syndrome de l’universalité de la culture française

Le syndrome de l’universalité de la culture française

b- Le syndrome de l’universalité

Lorsqu’on évoque la Révolution Française, conséquence directe des idées des philosophes du Siècle des Lumières, on en vient immanquablement à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui fit de la France de la fin du 18ème siècle le pays de la liberté s’élevant contre la tyrannie des souverains de droit divin. Un modèle que l’Europe des peuples eut constamment en tête lorsque se construisirent peu à peu les démocraties de ce continent.

Mais la France disposait également d’un empire colonial, en concurrence directe avec celui de l’Angleterre, et sans le vouloir introduisit-elle dans ces contrées parfois lointaines et à peine civilisées les germes de la volonté d’indépendance.

Il suffit pour s’en convaincre d’interroger les sans-papiers qui arrivent en masse dans notre pays et évoquer les raisons pour lesquelles ils sont ici. Pour eux, la France est la terre d’asile de tous ceux qui rêvent de liberté et la patrie des droits de l’homme.

La force de conviction dont ont fait preuve les colonisateurs, ainsi que la machine à intégrer qu’a constitué l’armée coloniale, comme le note le lieutenant-colonel Jean-Pierre Martin 72, ont permis à ces idées généreuses de circuler et de conduire les pays de l’empire à l’indépendance, les uns après les autres.

71 Chaque jour les 13 heures de Jean-Pierre Pernaud sur TF1 et de Daniel Bilalian sur France 2.

Une expérience douloureuse pour la France qui se retrouve, à la

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L’Algérie et la France: l’acceptation de l’autre

L’Algérie et la France: l’acceptation de l’autre

2- Le travail de mémoire

a- L’acceptation de l’autre

L’un des objectifs qui aurait pu apparaître au fronton de tous les lieux accueillant aujourd’hui des évènements dans le cadre de l’Année de l’Algérie est de rendre présent ici celles et ceux qui ont franchi le pas de l’émigration vers une terre lointaine.

Comme l’a souligné tout au long de sa carrière le sociologue Abdelmalek Sayad69, les immigrés souffrent d’une invisibilité dans leur pays d’origine, absents de leur famille et de leur village, et du même sentiment de ne pas exister sur leur terre d’ « accueil », exclu en tant que citoyen, considéré comme simple force de travail.

Ainsi l’histoire de l’immigration occupe-t-elle dans l’histoire officielle une place équivalente à celle des immigrés et de leurs enfants dans la société française : invisible, marginalisée, oubliée. Il faut dire que l’histoire de la colonisation et de la décolonisation de l’Algérie est une tache difficile à intégrer dans le tableau idyllique de l’histoire officielle, présumée pure et pleine des meilleures intentions du monde, surtout depuis la Révolution Française qui a donné au monde la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Le maintien pendant des siècles de millions d’indigènes peuplant les colonies de la première démocratie du monde moderne au rang de citoyens de seconde zone, insuffisamment évolués pour bénéficier pleinement des bienfaits de la République, puis la violence des répressions dont s’est rendue

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La présence de l’Algérie dans l’histoire enseignée en France

La présence de l’Algérie dans l’histoire enseignée en France

Quatrième partie – Comment le travail de mémoire peut-il s’effectuer aujourd’hui ?

Comment transmettre aux générations futures, quels outils mettre en place pour éviter l’oubli ?

A partir des constatations faites en découvrant et en analysant les deux expositions évoquées plus haut et en gardant en point de mire la conviction que la mémoire de l’immigration algérienne en France est indissolublement liée à l’histoire coloniale et post-coloniale, il reste à s’interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour éviter ce que Paul Ricoeur appelle « le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ailleurs »63. Et découlant naturellement de cette question, celle de la transmission. Que veut-on transmettre et avec quels outils ?

1- La présence de l’Algérie dans l’histoire enseignée

a- La colonisation telle qu’on l’enseigne

Le premier contact avec l’histoire se noue naturellement dans le cadre scolaire. L’histoire contemporaine, celle des 19ème et 20ème siècles, concernent la plupart du temps les élèves de première et de terminale des lycées, même si certains épisodes de cette histoire récente ont été évoqués à l’école primaire et au collège.

Mes souvenirs d’élève de section littéraire et mon expérience de parent d’élèves aujourd’hui étudiantes me conduisent à dire qu’on n’enseigne pas aux jeunes les réalités du système colonial. C’est à dire la négation absolue de l’être humain et des valeurs pourtant proclamée de la République 64.

C’est ainsi

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Les visiteurs de l’exposition de Lyon et l’année de l’Algérie

Les visiteurs de l’exposition de Lyon et l’année de l’Algérie

3- Quelle mémoire est transmise aux visiteurs des expositions ?

a- Les points communs

Dans les deux cas, il y a une véritable volonté de faire comprendre aux visiteurs que l’immigration algérienne est une histoire très ancienne qui ne date pas seulement des années d’après-guerre. On apprend ainsi que les relations construites au fur et à mesure que la colonisation se structure et fait son œuvre sont très fortes.

Même si la volonté des autorités coloniales est de faire en sorte que la mission civilisatrice de la France s’exerce et pour longtemps de l’autre côté de la Méditerranée, sans que les travailleurs ou les soldats dont on a besoin en métropole n’aient véritablement la possibilité de s’y installer et d’être « pervertis » par la façon de vivre des Français. Afin de ne pas semer le trouble, une fois rentrés dans leurs villages, par leurs témoignages sur les bienfaits de la démocratie.

De nombreux documents attestent dans l’exposition de Lyon de cette volonté des autorités de maintenir dans un environnement familier les travailleurs coloniaux. Et les arguments des républiques qui se sont succédées de 1830 à 1962 avec quelques interruptions, sont parfois déroutants.

Le maintien du Code de l’Indigénat, le refus permanent de mettre en place un vrai suffrage universel sont défendus par les républicains qui partagent l’idée que ces « indigènes » sont de grands enfants et qu’instituer immédiatement une démocratie dans ces régions seraient davantage néfaste que bénéfique.

De

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Français d’Isère et d’Algérie : l’année de l’Algérie à Grenoble

Français d’Isère et d’Algérie : l’année de l’Algérie à Grenoble

2- Français d’Isère et d’Algérie

a- L’Année de l’Algérie à Grenoble

L’une des principales différences dans la façon dont Grenoble s’est investie dans l’organisation de l’Année de l’Algérie est visible dans le document publié par la Ville pour présenter le programme. Le maire, Michel Destot, a signé lui-même le texte de présentation accompagné par Jean- Jacques Gleizal, son adjoint à l’Université et à la Coopération Décentralisée.

D’autre part, le site Internet de la ville consacre des pages entières, très faciles à retrouver, sur la programmation Djazaïr, ainsi qu’un lien direct avec le site officiel 55. Ces deux initiatives marquent la volonté claire des élus municipaux à faire de cette année, une série de moments forts dans lesquels toutes les composantes de la population de l’agglomération seront impliquées.

On constate ainsi, comme le précise Nazim Benladj, chargé de mission de la mairie, le désir de se mettre au service des initiatives plutôt que d’être directement le maître d’œuvre des évènements. Et les services de communication vont s’efforcer de rendre visibles aux visiteurs l’Année de l’Algérie : présence des petites plaquettes du programme, beaucoup plus maniable que son homologue lyonnaise, dans tous les lieux publics, signalétique dans la ville remise à jour régulièrement, site Internet vivant et lui aussi remis à jour, ce qui n’est pas le cas du site national.

Grenoble est une ville d’immigrations multiples et très anciennes. Populations

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L’exposition, reflet de la mémoire de l’immigration à Lyon ?

L’exposition, reflet de la mémoire de l’immigration à Lyon ?

c- L’exposition, reflet de la mémoire de l’immigration à Lyon ?

Si cette exposition est incontestablement très riche en documents rap pelant des faits qui sont très souvent tombés dans les oubliettes de notre mémoire sélective, plusieurs éléments sur la forme et le fond ne facilitent pas la lisibilité d’une histoire aussi riche.

Sur la forme, d’abord, l’espace consacré à la présentation de ces très nombreux documents est un lieu de passage entre un ascenseur et un escalier permettant de rejoindre les autres salles de la bibliothèque. Il suffit que deux ou trois personnes stationnent devant les premières vitrines pour que la circulation, qui est souvent importante, devienne quasi impossible. Ce qui n’est pas idéal pour qui veut se pencher attentivement sur certaines pièces. D’autre part l’ensemble paraît être construit de bric et de broc : vitrines anciennes et dépareillées, éclairage pas toujours suffisant, signalétique déficiente…

Sur le fond, ensuite, il semble incompréhensible que cette présentation, que Philippe Videlier, lui-même, affirme être la première visant à faire connaître toute l’histoire de l’immigration algérienne à Lyon, fasse totalement l’impasse sur la période contemporaine. A part quelques références à l’émergence des mouvements beurs au début des années 80, l’exposition se termine sur la diffusion permanente sur les radios en 1986 de la reprise par le groupe Carte de Séjour 51, de la chanson « Douce France » composée dans les années 30 par Charles

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L’Algérie à Lyon, une mémoire centenaire

L’Algérie à Lyon, une mémoire centenaire

Troisième partie – Deux villes, deux expositions, deux manières de célébrer l’Année de l’Algérie

La région Rhône-Alpes, haut lieu de l’installation des travailleur s immigrés algériens et de leur famille, est évidemment concernée par Djazaïr 2003. Il n’était pas possible de se pencher sur toutes les manifestations programmées, c’est la raison du choix des deux expositions proposées aux publics lyonnais et grenoblois.

En raison de la différence d’approche importante qui les caractérise et de l’intérêt de ce qu’elle raconte de l’histoire de la construction des deux villes au cours des 150 dernières années et de la façon dont les pouvoirs publics et les institutions s’intéressent aux diverses communautés qui s’y sont installées.

1- L’Algérie à Lyon, une mémoire centenaire

a- L’Année de l’Algérie à Lyon

L’Année de l’Algérie à Lyon a été lancée officiellement le 3 janvier 2003. La ville a, bien sûr, mobilisée ses institutions culturelles. Et publiée, dès le début de l’année, un document présentant chronologiquement les manifestations culturelles s’inscrivant dans ce cadre.

Le premier événement est une semaine du cinéma algérien programmée du 7 au 12 janvier 2003 à l’Institut Lumière au cours de laquelle, plusieurs réalisateurs algériens viennent rencontrer le public. Du théâtre dans une petite salle des pentes de la Croix-Rousse, La Platte, des contes à la MJC du Vieux Lyon, des expositions dans quelques galeries lyo nnaises, des lectures, notamment

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L’organisation de l’Année de l’Algérie en France : Comment ?

L’organisation de l’Année de l’Algérie en France : Comment ?

2- Comment s’organise l’Année de l’Algérie

a- Les outils logistiques

C’est donc l’AFAA qui a été désignée pour être le bras armé de l’organisation générale. Coutumière de la présentation de « Saisons Etrangères » depuis des décennies, l’association dirigée par Olivier Poivre d’Arvor, va se trouver face à deux éléments très différents de sa pratique habituelle.

D’abord l’importance des moyens financiers, techniques et humains nécessaires, nous y reviendrons. Et ensuite le fait que tous les évènements se déroulent sur le territoire français. D’habitude, lorsque une « Saison Etrangère » est organisée, les différentes étapes se déroulent dans les deux pays concernés.

S’appuyant sur son expertise, l’établissement de la programmation est confiée à l’AFAA. Concernant les projets portés de ce côté de la Méditerranée, les problèmes sont relativement habituels et simples à résoudre. En revanche concernant ceux venus d’Algérie, ils sont les plus nombreux, le choix et le respect des critères, notamment qualitatifs, posent davantage de difficultés.

En effet, si dans les domaines de la littérature, du cinéma et de la musique, les artistes algériens bénéficient d’une notoriété certaine, pour des secteurs entiers, des arts plastiques au spectacle vi vant, les choses sont plus compliquées. Qui plus est dans un pays où les artistes et les intellectuels les plus représentatifs sont les cibles et les victimes privilégiées de la violence continue depuis 10 ans, l’AFAA se

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Pourquoi organiser une année de l’Algérie en France ?

Pourquoi organiser une année de l’Algérie en France ?

Deuxième partie – Une année de l’Algérie en France, pourquoi, comment ?

Après être revenu assez lo nguement sur l’histoire de l’immigration algérienne coloniale et post- coloniale, il est important de s’intéresser maintenant à l’émergence de l’idée de consacrer l’année 2003 toute entière à la culture et aux artistes de ce pays.

Décision politique prise au plus haut niveau, opération de relations publiques pour le pouvoir militaire algérien, véritable chance pour des artistes de montrer leur travail en dehors de leurs frontières, occasion d’un vrai dialogue et d’échanges entre les deux rives de la Méditerranée, tout a été dit sur cette Année de l’Algérie en France sans que le grand public ne s’intéresse véritablement à l’événement.

1- Pourquoi organiser une année de l’Algérie en France ?

a- Les décideurs et les organisateurs

La décision d’organiser une année de l’Algérie en France remonte à la visite d’état de l’actuel président algérien Abdelaziz Bouteflika à Paris, en juin 2000. On est alors en pleine période d’embellie diplomatique entre les deux pays et c’est avec enthousiasme que Jacques Chirac relaie l’idée d’organiser un tel événement.

Les deux présidents s’emploient alors à mettre sur pied le commissariat qui aura la lourde tâche d’organiser et de suivre l’ensemble des manifestations. Car les initiateurs de cette année ont été extrêmement ambitieux en décidant que les évènements exclusivement culturels et artistiques

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L’immigration algérienne aujourd’hui 1990- 2003

L’immigration algérienne aujourd’hui 1990- 2003

5- Aujourd’hui (1990- 2003)

En octobre 1990 des émeutes urbaines à Vaulx en Velin dans la région lyonnaise, démontrent que les mesures politiques prises dix ans auparavant n’ont pas répondu aux aspirations et aux difficultés des populations vivant dans des cités en première ligne sur le front de la crise économique et du chômage. Pendant ce temps en Algérie, 400.000 personnes descendent dans les rues d’Alger pour protester contre la loi sur la généralisation de la langue arabe.

L’été 1991 sera marqué dans toutes les villes de France par les manifestations des enfants de harkis 31 dénonçant leurs conditions de vie de plus en plus difficiles. Les gouvernements passent et aucune véritable mesure concrète n’est prise pour trouver des solutions aux difficultés rencontrées par cette population. Devant l’ampleur du mouvement le gouvernement adopte une série de 25 mesures administratives en faveur des harkis.

En Algérie, la situation empire lorsque le 29 juin 1992, six mois après son retour d’un exil de 30 ans, Mohamed Boudiaf est assassiné par un officier algérien chargé de sa sécurité. Refusant de cautionner un régime militaire voulu par Ben Bella, il avait pris le chemin de l’exil.

Rappelé pour prendre en main les destinées du pays il avait su séduire la jeunesse algérienne malgré son absence de l’histoire officielle. Son discours clair contre la corruption, sa volonté de s’engager résolument pour le changement et de traiter les vrais problèmes auxquels se trouvent confrontée l’Algérie

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Harkis, rapatriés et immigrés 1962-1990

Harkis, rapatriés et immigrés 1962-1990

4- Harkis, rapatriés et immigrés (1962-1990)

a- Des centaines de milliers d’exilés (1962-1970)

Dès l’annonce des accords d’Evian, les familles européennes vont massivement quitter le pays. Entre janvier et décembre 1962, 650.000 personnes arrivent dans un pays mal préparé à les accueillir. Alors que les accords prévoyaient des garanties pour la population européenne, plusieurs mois d’affrontements terroristes ont eu raison de la patience de ces familles qui quittent tout pour rejoindre la métropole.

Les autorités créent un secrétariat d’Etat aux Rapatriés, qui organise l’accueil et les moyens de subsistance de celles et ceux qui décident de revenir. Mais les prévisions des pouvoirs publics se situent bien en deçà de la réalité : on attendait 400.000 retours étalés sur 4 ans. Or pour le seul mois de juin 1962, 355.000 personnes ont débarqué dans les ports de la Méditerranée en provenance d’Algérie 25.

« Sinistrés de la décolonisation » comme ils se baptisent eux-mêmes, ils ne sont pas les seuls à souffrir de la situation. Plus dramatique, en effet, est le sort réservé aux Harkis. Ces supplétifs de l’armée française, abandonnés et désarmés, vont être victimes de la vengeance des nouveaux dirigeants de l’Algérie. Beaucoup vont être massacrés sans autre forme de procès, alors que ceux qui parviendront à s’échapper vivront en France pendant des années dans des conditions indignes 26.

L’immigration de travailleurs venus d’Algérie s’est intensifiée depuis la fin de

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La guerre d’Algérie pour l’indépendance 1954-1962

La guerre d’Algérie pour l’indépendance 1954-1962

b- La guerre pour l’indépendance (1954-1962)

Si le 8 mai 1945 peut être considéré comme un élément déclencheur de la guerre d’Algérie, le début de l’insurrection se situe à la Toussaint 1954. Dans la nuit du 31 octobre et du 1er novembre, entre minuit et 3 heures du matin, une trentaine d’attentats secouent les régions d’Alger et de Constantine, faisant 5 morts et une dizaine de blessés. Ces actes revendiqués dans un tract diffusé le jour de la Toussaint, par une organisation baptisée FLN, Front de Libération Nationale, ont visés des militaires et des forces de sécurité.

Dans ce document cette toute ncouvelle organisation jette les bases d’un programme politique visant « la restauration de l’état algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. » François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur d’un gouvernement affaibli par la fin de la guerre d’Indochine, promet que les auteurs des attentats seront punis et que « l’Algérie, c’est la France et la France ne reconnaîtra chez elle d’autre autorité que la sienne ». Les premières opérations militaires ont lieu dans les Aurès faisant des prisonniers et des victimes au cours de bombardements de villages par l’aviation.

Au début de l’année 1955, les opérations militaires s’intensifient. Les Français estiment que les hommes du FLN ne sont guère qu’une poignée mal équipée et facilement maîtrisable. Mais les évènements vont montrer que ces manœuvres spectaculaires mettant en œuvre plusieurs milliers

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Les origines de la guerre d’indépendance de l’Algérie, 1945-1954

3- La guerre d’Algérie (1945-1962)

a- Les origines de la guerre d’indépendance (1945-1954)

On pourrait presque dire que la guerre d’Algérie débute dès la capitulation allemande. En effet, le 8 mai 1945, des manifestations à Sétif et Guelma vont embraser tout l’est algérien. Le PPA a choisi d’organiser une manifestation de la victoire distincte du cortège européen.

En plus des cris de joie liés à la capitulation allemande, des slogans exigeant la libération de Messali Hadj et célébrant une Algérie libre et indépendante apparaissent dans le défilé. La police tente alors de s’emparer des banderoles, la bagarre éclate et déclenche une vague d’agressions contre les européens de Sétif. 28 sont tués et 48 blessés, alors que la nouvelle des évènements déclenchent une série de soulèvements armés qui s’en prennent aux européens. La répression est féroce.

L’état de siège proclamé dès le 9 mai permet une véritable opération de guerre à laquelle se joignent les Européens souhaitant se venger. Sans discernement des milliers de musulmans sont tués au cours de cette répression sanglante 17. Ferhat Abbas considéré par les autorités comme le responsable de ces émeutes, est arrêté et transféré à la prison militaire de Constantine. Des centaines de militants nationalistes sont également emprisonnés et le tribunal militaire de Constantine prononce en 2 mois 280 condamnations dont une trentaine de condamnations à mort.

A l’automne 1945, les élections sont boycottés par les partis

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La contribution algérienne à la défense de la France 1900-1945

La contribution algérienne à la défense de la France 1900-1945

2- La contribution algérienne à la défense et au développement économique de la France (1900-1945)

a- Les premiers immigrés (1900-1918)

Malgré leur résistance farouche à la colonisation, la France jugeait les Kabyles plus aptes à être assimilés par la culture française que les Arabes. Il y a donc, dès la fin du 19ème siècle, un recrutement massif de main d’œuvre en provenance de Kabylie : entre 1907 et 1913, 10.000 Kabyles arrivent pour servir l’industrie française

En 1914, l’exposition internationale se tient à Lyon 11 et les visiteurs découvrent, à cette occasion, un musée rétrospectif de la conquête de l’Algérie retraçant l’épopée militaire d’Afrique du Nord. Inaugurée le 31 mai 1914, par Edouard Herriot cette exposition n’intéressera les Français que quelques semaines puisque la Première Guerre Mondiale éclate en août de la même année.

Du coup, la vague d’immigration coloniale et, principalement, algérienne grossit. Les hommes manquent au front et à l’arrière, les autorités françaises font donc appel aux populations des colonies pour venir soutenir l’effort de guerre contre l’Allemagne. Le service des travailleurs coloniaux est créé au Ministère de la Guerre en janvier 1916. Le 1er mai 1917, ce service évalue à 42.378 ouvriers la main d’œuvre présente dans les usines et les arsenaux de la métropole.

Le recrutement des combattants coloniaux prend vite la forme du recrutement forcé. C’est notamment le cas en Algérie avec la publication du décret du 7 septembre 1917 qui provoque

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Les origines de la colonisation de l’Algérie 1830-1900

Les origines de la colonisation de l'Algérie 1830-1900

Les origines de la colonisation de l’Algérie 1830-1900

Première partie

Petite histoire de l’immigration algérienne coloniale et post-coloniale

1- Les origines de la colonisation (1830-1900)
a- La conquête (1830- 1847)

Sans un coup d’éventail au visage du consul de France, Pierre Deval 1, par Hussein, dey2 d’Alger, en avril 1827, l’Algérie n’aurait, peut-être, jamais été française.

Ce geste motivé par le peu d’empressement de la France à rembourser une dette importante aux autorités d’Alger sert, en effet de prétexte au roi Charles X pour envoyer un contingent de plusieurs dizaines de milliers d’hommes laver l’affront mais surtout détourner l’attention de son peuple des problèmes internes et contrecarrer les velléités anglaises en Méditerranée.

Ainsi la colonisation de l’Algérie démarre-t-elle avec la prise d’Alger par les troupes françaises, le 9 juillet 1830, après 21 jours de combat et 400 morts.

Quelques jours plus tard, une Révolution balayait Charles X et les Bourbon du trône de France et le roi bourgeois Louis-Philippe prenait en main les destinées hexagonales. Il s’en fallut d’un rien que les rêves de conquête de l’armée française ne s’arrêtent là.

Mais après quelques jours d’hésitation, Louis-Philippe décide de poursuivre l’œuvre de son prédécesseur.

Le 4 janvier 1831, c’est au tour d’Oran de tomber aux mains des Français qui en confient l’administration au dey de Tunis jusqu’au mois d’août suivant et dès cette première année, des corps d’indigènes 3 intègrent les troupes coloniales.

C’est en 1834 qu’une ordonnance royale fait de l’Algérie une colonie militaire placée sous la tutelle du Ministère de la Guerre. Pour autant, l’ensemble de la région est loin d’être sous contrôle.

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