Vers une offre de services fournis par les maisons d’édition?

Vers une offre de services fournis par les maisons d’édition?

2. Un glissement vers une offre de services ?

Poser une telle question fera sans doute bondir les défenseurs les plus ardents du livre en tant qu’objet sacré et de la « grande littérature », ceux-là même qui généralement rejettent avec autant de véhémence les évolutions numériques touchant l’édition qu’ils déclarent leur amour sans limite à « l’odeur de l’encre et du papier ».

Pourtant la question est bien réelle, car tous les éléments que nous avons soulevés jusqu’à présent montrent que l’éditeur ne se cantonne plus à sa fonction traditionnelle de créateur de livre.

Il a en effet désormais de plus en plus la responsabilité de créer un univers autour de celui-ci permettant aux lecteurs de poursuivre leur expérience de lecture au-delà du récit, à cheval entre les fonctions éditoriales et promotionnelles.

Nous pouvons donc d’ores-et-déjà apporter une réponse positive à la question posée en titre en ce qui concerne les maisons d’édition. Reste à savoir si dans les structures de grande taille, ces aspects doivent être traités par le service éditorial, le service promotionnel ou encore par de nouveaux acteurs, tel les community mangers déjà évoqués à travers les propos de Virginie Clayssen.

Ces derniers, dont le métier s’est développé de manière exponentielle aux États-Unis, restent à l’heure actuelle marginaux en France. Ils commencent malgré tout à émerger, souvent dans les domaines directement liés aux technologies numériques toutefois. Un site Internet1 et une page professionnelle sur

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L’édition de livres à valeur ajoutée, de la lecture au livre social

L’édition de livres à valeur ajoutée, de la lecture au livre social

III/ DE LA LECTURE AU LIVRE SOCIAL

L’Internet interactif a donc permis le développement d’un phénomène déjà existant en dehors de cette sphère, celui des échanges autour du livre, de la « lecture sociale ». Les formes de cette dernière se sont bien sûr adaptées aux technologies numériques, les internautes ne « discutant » pas de la même manière que les membres d’un club de lecture réel.

La principale évolution tient du fait que les personnes n’échangent plus autour d’un livre qui leur a été imposé, comme dans le cadre d’une classe ou d’un club, mais au contraire elles peuvent désormais trouver les personnes qui lisent ou ont lu le même livre qu’elles, sans aucune contrainte géographique ou temporelle.

Cependant parmi tous les exemples de communautés de lecteurs que nous avons cités, hormis les cas d’Amazon et d’Orange dans la première partie, les échanges demeurent extérieurs au livre, dans la mesure où à l’heure actuelle la lecture de celui-ci (et non de la presse par exemple) se fait encore en France très largement sur support imprimé et indépendamment de son activité sur Internet.

Aux États-Unis au contraire, l’édition de livres numériques a dépassé celle du livre de poche1 et les éditeurs tout comme les lecteurs ont massivement investi les réseaux sociaux, marquant ainsi une grande différence (avance ?) par rapport au marché européen.

Mais si l’édition française de livres numériques est encore aujourd’hui à l’état embryonnaire, elle constitue néanmoins un marché en

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La prescription au cœur de la lecture sociale

La prescription au cœur de la lecture sociale

2. La prescription au cœur de la lecture sociale

Un livre dont on ne parle pas est un livre qui a peu de chances de rencontrer son public. Et pourtant il semble difficile d’assurer la communication de chaque nouveauté lorsque l’on sait que des dizaines de milliers de nouveaux titres sortent chaque année.

La critique professionnelle joue naturellement un rôle important dans la recommandation et donc indirectement la prescription d’ouvrages, mais aussi limité, vu le faible pourcentage d’ouvrages dont elle est en mesure de parler d’un point de vue purement technique.

Celle-ci a toutefois été secondée et relayée par le développement exponentiel des blogs offrant des contenus analogues, dont la légitimité du contenu et l’importance du réseau sont néanmoins très variables de l’un à l’autre.

En revanche le bouche-à-oreille, cumulé au rôle non négligeable de l’important réseau français de libraires, peut faire émerger des best sellers « surprises ». Ainsi tout au long de l’année 2007, L’élégance du hérisson de Muriel Barbery, qui n’avait fait l’objet d’aucun lancement particulier, a vu ses ventes progresser régulièrement puis de manière de plus en plus soutenue, ce principalement grâce au prix des libraires et surtout à l’important bouche-à-oreille dont a bénéficié le livre.

Plus proche de nous, l’Indignez-vous ! de Stéphane Hessel a également créé la surprise en atteignant des ventes jamais imaginées au moment de sa parution, au point de devenir un véritable phénomène de société au sujet duquel même les personnalités

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Promouvoir le livre par les échanges autour de la lecture

Promouvoir le livre par les échanges autour de la lecture

II/ PROMOUVOIR LE LIVRE PAR LES ÉCHANGES AUTOUR DE LA LECTURE

Si le phénomène est encore restreint en France, nous avons donc pu voir que les communautés de lecteurs en ligne constituent un phénomène qui tend à se développer.

Bien que le nombre de membres soit très variable de l’une à l’autre, l’aspect généraliste ou spécialisé ayant sur ce point une certaine influence, les maisons d’édition traditionnelles commencent à mesurer l’importance de tels réseaux, comme le prouve l’apparition de sites communautaires impulsés par des maisons ou groupes éditoriaux que nous avons pu aborder.

Nous avons d’ailleurs pu constater que les communautés fédérées par un thème particulier, parfois de niche, constituent pour les éditeurs du domaine concerné des débouchés plus certains que les réseaux généralistes, où les livres et lecteurs de tout genre se côtoient, du fait d’une implication plus grande de leurs membres.

Ces réseaux représentent alors un lieu stratégique de promotion pour les maisons d’édition. En effet, ils leur permettent de créer un lien direct avec leur lectorat et de connaître leur ressenti par rapport à leurs ouvrages.

Ainsi, éditeur et lecteur se trouvent virtuellement liés, ce qui permet au premier de mieux connaître son public et, de fait, d’adapter sa politique éditoriale en tenant compte de ses retours, tandis que le second est mieux informé des actualités littéraires en adéquation avec ses goûts et centres d’intérêt. Une relation de confiance, gage de fidélité, peut ainsi se nouer.

Par

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Une multiplicité d’acteurs issus du monde du livre

Une multiplicité d’acteurs issus du monde du livre

2. Une multiplicité d’acteurs

Organismes créés par des acteurs issus du monde du livre, de la communication, des médias ou des technologies numériques, réseaux mis en place par des groupes éditoriaux ou encore communautés nées d’une action spontanée de fans, les sites communautaires dédiés au livre et à la lecture ont pour origine des univers très variés, parfois en conflit.

D’où des pratiques, discours et objectifs propres à chacun, même si ces informations sont peu mises en valeurs et intéressent a priori peu ce que l’on appelle communément le « grand public », étranger au monde de l’édition. Or l’origine des fondateurs de ces sites influence directement les contenus qui y sont présentés, sans que les membres en aient toujours conscience, ce que nous tenterons de mettre en lumière dans cette partie.

La construction d’une stratégie de l’indépendance. Se présenter comme un site dédié au livre « indépendant », c’est se démarquer du secteur de l’édition, mais aussi de toute organisation à caractère commercial, et donc se poser garant d’un contenu libre de toute pression d’ordre financier qui viendrait parasiter les contenus et en amoindrir la qualité, les enjeux économiques prenant alors le pas sur les enjeux littéraires.

Les réponses au sondage diffusé sur Internet sont d’ailleurs éloquentes sur ce sujet : si près de 79 % des personnes ayant donné leur avis affirmaient en effet qu’une présence plus accrue des maisons d’édition sur ces sites communautaires était souhaitable,

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L’émergence des communautés de lecteurs en ligne

L’émergence des communautés de lecteurs en ligne

1. L’émergence des communautés de lecteurs en ligne

Les réseaux sociaux dédiés au livre sont des sites communautaires relativement récents. « Relativement » car si le premier d’entre eux en termes d’ancienneté et de membres inscrits, Library Thing1, n’a été créé qu’en 2005, ces six années représentent une ancienneté conséquente à l’échelle du Web social. À titre de comparaison, le réseau Facebook a été créé en 2004, et n’a été ouvert qu’à partir de 2006 à l’ensemble des possesseurs d’une adresse électronique valide.

Le partage communautaire autour de la lecture a donc fait son apparition dès l’essor de ce que l’on appelle le Web 2.0, dont le concept est de « valoriser l’utilisateur et ses relations avec les autres »2. En d’autres termes, l’internaute n’est plus seulement un utilisateur de la toile, il participe désormais à la création de contenus au sein de sites gérés par des administrateurs tiers lui laissant la possibilité de s’exprimer.

Il peut dès lors sembler incongru d’évoquer une « nouvelle tendance » en évoquant la lecture sociale. Celle-ci s’est plutôt développée, et a surtout été théorisée.

Le premier site communautaire francophone axé sur la lecture apparait en 2007 : il s’agit de Babelio3. Il a depuis été suivi par de nombreux sites fédérateurs d’une communauté ouverte et active – nous ne prendrons de fait pas en compte les divers sites et blogs qui, même s’ils sont suivis par un grand nombre d’internautes, ne sont tenus que par un ou

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Du Web social à la lecture sociale, le livre en réseau

Le Livre en réseau Quel rôle pour l’éditeur à l’heure de la « lecture sociale » ?

Le Livre en réseau. Quel rôle pour l’éditeur à l’heure de la « lecture sociale » ?

Université Paris 13 – Villetaneuse
Université Sorbonne Paris Nord

UFR Sciences de l’Information et de la Communication
Master 2 Politiques éditoriales

Mémoire de fin d’études

Le Livre en réseau Quel rôle pour l’éditeur à l’heure de la « lecture sociale » ?

Le Livre en réseau

Quel rôle pour l’éditeur à l’heure de la « lecture sociale » ?

Nicolas Simon

Sous la direction de Benoît Berthou

Introduction

Les communautés de lecteurs en ligne se situent au croisement de deux phénomènes. Le premier est celui de l’essor fulgurant des réseaux sociaux, quelle qu’en soit la nature.

La dernière enquête menée par l’IFOP (Institut français d’opinion publique) sur ce sujet, hélas non renouvelée depuis janvier 20101, laissait apparaître que 77 % des personnes interrogées déclaraient être membre d’au moins un des réseaux étudiés, le taux de connaissance « au moins de nom » d’un réseau social s’élevant à 97 % pour le plus célèbre d’entre eux : Facebook.

De plus, seuls 25 % des internautes affirmaient n’être membre que d’un réseau uniquement, là ou 34 % d’entre eux étaient à cette époque inscrits sur deux ou trois réseaux sociaux, et 18 % sur quatre et plus.

L’essor du site de micro-blogging Twitter, connu alors par seulement 63 % des internautes sondés, a indéniablement dû changer la donne dans l’année et demi qui s’est écoulée depuis la parution des résultats de l’enquête.

Le second phénomène est le nouveau développement du numérique au sein de l’édition.

Comme l’a rappelé lors de

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