Relation parents-adolescents: confiance, contrôle et partage

Relation parents-adolescents: confiance, contrôle et partage

C. Des relations plutôt pacifiées

Contrairement aux idées toutes faites, la guerre avec l’autorité parentale est loin d’être aussi manifeste. 86 % des adolescents s’entendent avec leurs parents. Les parents me comprennent : 69% des élèves en 6e et 63% des élèves en 3e .

Parmi les adolescents interrogés, émergent des relations plutôt pacifiées avec les parents. Le rejet des anciennes identifications parentales n’indique en rien une rupture fondamentale, mais une intériorisation d’un certain nombre de valeurs familiales, culturelles, sociales après une mise à distance des parents. Ce constat est à mettre en parallèle avec la culture jeune qui se joue de moins en moins sur le terrain de l’opposition ouverte aux cultures parentales.

Pour Dominique Pasquier, « la culture jeune se développe en parallèle, en affichant une indifférence de plus en plus marquée à l’univers culturel des générations précédentes».

L’enfance contemporaine, rappelons-le, se caractérise surtout par une autonomie plus grande, sans que celle-ci se traduise par un allègement de la dépendance vis-à-vis des parents. Les relations qu’entretiennent les adolescents avec leurs parents sont pour beaucoup fondées sur la confiance, pour d’autres elles restent marquées par un contrôle parental fort, qui occasionne des crises et des conflits.

Le leitmotiv pour les des adolescents qui souligne la différence entre la pré-adolescence et l’adolescence, est « on s’affirme ». A l’adolescence, phase d’expérimentation, le jeune

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Stratégies employées, Négociation des adolescents / parents

Stratégies employées, Négociation des adolescents / parents

2. Les stratégies employées

Pour atteindre leur but, les adolescents peuvent user de cinq stratégies possibles.

a) Le report jusqu’à l’anniversaire ou Noël

Certains adoptent la stratégie de réserver les demandes coûteuses à des occasions exceptionnelles (anniversaire, fête de Noël) en argumentant que ce sont de bonnes idées de cadeau. C‘est le cas de Mathilde et de sa soeur aînée.

« Quand c’est des gros cadeaux, je les demande pour mon anniversaire ou des grandes occasions. On sait que c’est réalisable. » (Mathilde,1ère, 16 ans, Asnières)

b) La persévérance

Un travail de persuasion sur le long terme semble remporter les suffrages de Laetitia ou d’Axelle ; il souligne l’importance de l’objet à leurs yeux.

« Ça fait longtemps que j’insinue dans l’esprit de mes parents.. pour un sac ou pour le pull rouge. C’était un peu indispensable que je l’ai : il était rouge, je n’avais pas de pull rouge, il avait une capuche, mais j’avais pas les moyens. » (Axelle, 3ème, 14 ans, Paris)

c) Le recours aux grands-parents

Face à un besoin important, les adolescents savent multiplier les sources de financement et se tourner à l’occasion vers les grands-parents, par exemple.

« Pour un haut à plus de 100€, j’attends d’être en Alsace, ou j’appelle ma grand-mère, elle dit souvent

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Négociation avec les parents, une liberté sous condition

Négociation avec les parents, une liberté sous condition

B. La négociation avec les parents, une liberté sous condition

Si le modèle éducatif a fortement évolué de la transmission au contrat et à la négociation, ceci est d’autant plus vrai à l’adolescence où l’enfant prend une taille plus grande en participant davantage aux décisions familiales. L’adolescent a désormais le droit d’apprendre à être lui-même par l’expression de ses souhaits et de ses goûts.

« A l’adolescence, on devient plus indépendant, on sent qu’on peut faire plus de choses, on peut prendre plus de décisions. Par exemple, mes parents me sollicitent sur les vacances, sur le lieu ». (Axelle, 3ème, 14 ans, Paris)

C’est par les négociations entre parents et enfant que l’adolescent pourra s’autonomiser tout en laissant la possibilité aux parents de le surveiller un peu, de loin, à « bonne distance ».

Les négociations sont généralement menées dans un cadre informel, en « douceur », par essai et erreur ; il s’agit là d’une politique expérimentale. Elles permettent de repérer la juste distance qui ne met pas en péril ni le développement de l’adolescent, ni la relation.

Elles peuvent engendrer des tensions lorsque les deux parties ne parviennent pas à un accord. Les négociations participent au processus d’individualisation des adolescents en les poussant à se définir d’abord en référence à eux-mêmes. Cette forme pédagogique crée les conditions pour que l’intérêt de l’adolescent ne soit pas exclusivement défini par les

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L’autonomisation ou le contrôle – Education parentale

L’autonomisation ou le contrôle – Education parentale

4. L’autonomisation ou le contrôle

Certains adolescents se font plus consolider par leurs parents et d’autres, moins. Les premiers veulent concilier leur autonomie avec le maintien d’une relation forte avec leurs parents alors que les seconds souhaitent que leur autonomie corresponde à un niveau équivalent d’indépendance, ils désirent que leur univers propre reste méconnu de leurs parents (Singly, 2006).

Apprendre à être autonome ne peut pas attendre l’indépendance économique et spatiale, c’est-à-dire l’entrée dans la vie active et le départ du logement familial. C’est un long apprentissage, toujours sous tension puisque la dépendance a des effets sur les formes de l’autonomie des adolescents. Ce droit de regard semble avant tout se focaliser sur la gestion des dépenses.

« Ils réagissent bien à mes acquisitions. Ma mère a un peu peur que je dépense trop vite mon argent, mais ça va. Je suis transparent. » (Grégory, 3ème, 14 ans, Neuilly)

Si leurs parents semblent contrôler fortement les études comme l’a souligné F.de Singly dans le milieu cadre (2006), ils laissent une grande part d’autonomie aux adolescents dans leurs choix vestimentaires. Notons que Dan et David ont insisté sur un fort contrôle parental exercé sur les études, les activités sportives et la tenue vestimentaire, au motif que le rugby les distrairait de leurs études et que le pantalon baggy serait mal perçu par les professeurs, et donc les deux compromettraient leurs résultats

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Valeur perçue des vêtements et Gestion des demandes onéreuses

Valeur perçue des vêtements et Gestion des demandes onéreuses

2. La valeur perçue des vêtements et la gestion des demandes onéreuses

Pour les vêtements, chaque adolescent a sa propre grille de valeurs corrélée au budget financier dont il dispose. Nous avons particulièrement été étonnés par les coûts des vêtements emblématiques des rappeurs. Parmi leurs « must have » figurent des marques japonaises aux prix exorbitants : Evisu, Bape dont les prix tournent autour de plusieurs centaines d’euros. Pour contourner la barrière prix, certains jeunes recourent à la contrefaçon.

D’ailleurs, certains adolescents ont souligné que, pour les rappeurs, plus c’est cher, mieux c’est. Les rappeurs seraient adeptes de la consommation ostentatoire, l’affichage de vêtements onéreux semble leur conférer un statut particulier au sein de leur tribu.

« Evisu ça coûte cher, le prix moyen est de 300€, En solde, c’est à moitié prix. Ce pull, je l’ai acheté en discount, par mon ami de Los Angeles (je l’ai eu à 60€, il coûte plus que 400€) ; Le style américain, ça coûte très cher à part avoir des contrefaçons. Oui, c’est dur de s’habiller vraiment bien à pas cher. J’ai renoncé par ce que ça coûte trop cher les trucs Bape, c’est une marque plus que chère. Y a pas grand monde qui en porte, y a beaucoup de contrefaçons. » (Vincent, 3ème, 15 ans, Neuilly)

Certains adolescents ont intériorisé une échelle de prix du raisonnable à l’injustifié. Pour les uns, la cherté démarre à une centaine d’euros, pour les autres à

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L’éducation parentale autour d’autonomie et de règles

L’éducation parentale autour d’autonomie et de règles

II. L’éducation parentale au travers de la présentation de soi de l’adolescent

Les relations entre parents et enfants ont fortement évolué en une génération. Les adultes ayant connu les mouvements d’émancipation liés à Mai 68 dans leur jeunesse, ont été soucieux, en devenant parents, de changer de modèle éducatif, d’abandonner celui de l’autorité au profit de celui du contrat, du respect des normes dictées par les adultes à celui de l’expression et de la valorisation des individualités.

L’éducation est désormais centrée sur le développement des potentialités de l’enfant. Pour F. de Singly, ce nouveau principe normatif « rend possible l’individualisation de l’individu contemporain » et « crée les conditions pour que l’enfant participe à la formation de sa propre identité ».

Avec l’émergence de l’adolescence, le futur consommateur apparaît et s’affirme. Plaisir partagé de l’achat, transactions, négociations, désaccords… l’enjeu de la consommation devient significatif dans les relations de l’adolescent avec ses parents et participe de la construction identitaire.

La culture « Jeune » a pour fonction de créer la distance nécessaire entre les générations afin que les plus jeunes puissent vivre à certains moments, dans leur monde qui ne se confond pas avec l’univers parental. Les vêtements sont parmi les attributs les plus visibles de cette culture. La consommation vestimentaire des adolescents révèle la tension classique entre le processus

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Style vestimentaire pour les autres

Style vestimentaire pour les autres

4. Un style pour les autres

L’adolescent qui s’interroge sur son identité, qui la travaille, la bricole, le fait sous le regard d’autrui. Autrui infirmera ou certifiera l’identité proposée. Pour Claude Dubar, « la construction de l’identité personnelle peut être analysée comme une vaste transaction entre soi et autrui ».

Le jeune devient d’autant plus dépendant de l’opinion des autres que les valeurs qui organisent son rapport au monde sont toujours changeantes et essentiellement liées à l’univers de la consommation (Le Breton, 2002). Or, à l’adolescence, cette relation à autrui évolue.

Si l’adolescent ose davantage tester les limites avec ses parents, il les teste également avec ses pairs qui sont de puissants autrui significatifs.

« À l’adolescence, on est plus libre mentalement, on a moins peur des choses, j’ose plus m’habiller plus flashy, j’ose plus les sujets tabous, ça m’arrive de les mettre sur la table. Avec qui ? avec des amis ou des cousins. Les copains en général sont d’abord gênés, puis j’essaie de détendre l’atmosphère. » (Edouard, 3ème, 15 ans, Neuilly)

a) La mise en scène de soi, le personnage

E. Goffman utilise la métaphore de la scène du théâtre et de l’acteur jouant un personnage pour illustrer le rôle dans la vie quotidienne joué par chaque individu dans la société.

L’individu se retrouve être un acteur social au travers d’une représentation, d’une mise en scène. Cet acteur (malgré

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La distinction au travers de leurs choix vestimentaires

La distinction au travers de leurs choix vestimentaires

c) La Distinction

Adoptant la stratégie inverse de l’imitation, d’autres adolescents privilégient la stratégie de distinction au travers de leurs choix vestimentaires, du look qu’ils adoptent. Certains adolescents cherchent à échapper à l’assignation vestimentaire dominante des pairs pour s’épanouir dans l’élection d’un look atypique ou personnel. En 1895, G. Simmel associe à la mode le concept de distinction.

De fait, si  la mode est « imitation d’un modèle donné » et « satisfait le besoin d’un appui social » en menant l’individu dans la voie suivie par tous, elle satisfait tout autant le besoin de distinction, la tendance à la différenciation, à la variété, à la démarcation.

La mode est « le lieu d’élection où s’ébattent les individus privés d’autonomie intérieure qui ont besoin d’appui, mais dont l’amour-propre exige en même temps qu’on les distingue quelque peu, qu’on leur prête attention et qu’on les traite à part». La mode est donc ambivalente, elle est à la fois « instinct d’égalisation et d’individualisation », « attrait de l’imitation et de la distinction ».

La logique de distinction s’appuie sur des choix vestimentaires fondés sur le refus de la norme des pairs et une volonté sous-jacente d’être ou d’apparaître comme singulier, original, voire marginal et de jouer sur des logiques de décalage, voire de provocation ou de transgression vis-à-vis des pairs ou des parents. La quête de nouveauté sert cette logique.

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Les marques de vêtements : imitation ou distinction ?

Les marques de vêtements : imitation ou distinction ?

(3) Les Marques : imitation ou distinction ?

La publicité ne cesse d’envahir de nouveaux espaces : salons, manifestations sportives, films, tee-shirts, le nom des marques s’affichent partout dans l’environnement quotidien des adolescents. Les collégiens mettent les marques sur un piédestal  avec 50 % des sondés estimant que: «la marque est un logo que l’on aime montrer et un repère qui aide à se décider plus rapidement». Pour 56% elle motive l’achat.

Les adolescents interrogés sont tous très au fait des marques et de leur côté, capables d’en citer une quinzaine au long de l’entretien, désignent avant tout leurs vêtements spontanément par les Marques (Converse, Vans) qui sont passées dans leur langage courant, elles sont désormais descriptives des objets comme le fut Frigidaire. Beaucoup d’adolescents interviewés font ainsi un fort usage d’antonomases.

Le système des marques est devenu une composante importante du jeu social, par le biais duquel les individus échangent des signes et des codes dans le cadre d’une communication non verbale. En se livrant à ce jeu social – se choisir un style, arborer des marques- l’adolescent satisfait l’un des besoins essentiels de l’être humain : raconter des histoires à soi et aux autres.

Ainsi que l’a souligné le philosophe Paul Ricoeur, l’identité est inséparable d’une mise en récit. Face à la progression de la logomania (dénoncée par Naomi Klein dans No logo en 2000), ces « marquages » permettent à ceux qui les portent

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L’imitation des styles des pairs et des icônes

L’imitation des styles des pairs et des icônes

(2) L’imitation prestigieuse, les icônes

Cette identification à des héros les plus divers (personnages de fiction, stars de cinéma ou des podiums, héroïnes du petit écran ou de fiction, vedette sportive) n’a cessé de se développer avec l’avènement de la société des medias et du spectacle dans la seconde moitié du XXe siècle (Pasquier, 2005). Les stars, les idoles servent à l’adolescent pendant ce temps de transition pour construire ce qu’il présentera comme son identité.

La culture de masse gravite autour de ces héros au succès prodigieux impulsant des adorations et des engouements extrêmes. L’icône familière et proche est un point de repère qui s’inscrit dans le quotidien.

Elle permet la reconnaissance de soi par soi, la reconnaissance de soi par les autres et la reconnaissance des autres. L’identification est toute entière dans le mouvement vers, sans jamais pouvoir atteindre ce but, les vêtements ne sont qu’un vecteur. Ainsi, Salomé copie ses icônes et inscrit la présentation de soi dans le cadre de l’imitation prestigieuse, décrite par Marcel Mauss.

Dans un très bref passage des Techniques du corps au sujet des faits d’éducation, il se réfère à l’imitation prestigieuse : « C’est précisément dans cette notion de prestige de la personne qui fait l’acte ordonné, autorisé, prouvé, par rapport à l’individu imitateur, que se trouve tout l’élément social. Dans l’acte imitateur qui suit se trouvent tout l’élément psychologique et l’élément

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L’imitation des pairs, l’uniformisation des vêtements

L’imitation des pairs, l’uniformisation des vêtements

b) L’Imitation

Spécialiste des questions de jeunesse, Olivier Galland (2007) souligne le conformisme de l’adolescence qui s’exerce plus fortement aujourd’hui.

Comme le dit F.Dubet (1996), « Les élèves peuvent bien sûr se percevoir comme des individus originaux, mais ils ont du mal à vivre cette différence comme positive tant les critères des jugements scolaires paraissent les seuls disponibles. Pour être soi, il faut d’abord être comme les autres ».

Cette stratégie d’imitation peut s’effectuer par rapport aux pairs, par rapport à des icônes ou dans le cadre du choix de marques à très forte diffusion au sein de la génération des adolescents.

Les marques constituent à la fois une ressource pour une stratégie d’imitation lorsqu’elles sont très répandues, et une ressource pour les stratégies de distinction lorsqu’elles confèrent à leurs détenteurs un statut élitiste, réservé aux initiés.

(1) L’imitation des pairs, l’uniformisation

La multiplicité des panoplies disponibles contraste avec cette impression d’homogénéité qu’offre au regard les collégiens plus que les lycéens.

Dans les cours de récréation ou aux abords des établissements, nous voyons peu d’adolescents au look excentrique, extrême ; l’impression générale est celle d’uniformité que ce soit à Neuilly ou à Epinay sur Seine.

Pour Hannah Arendt, « affranchi de l’autorité des adultes, l’enfant n’a pas

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Evolution du style selon le cycle de vie, style des jeunes

a) L’évolution du style selon le cycle de vie

L’expérimentation de soi devient un principe de socialisation avec ses essais et ses erreurs plutôt que l’emprunt de la voie indiquée par les parents. Tous les adolescents interviewés ont souligné la forte évolution de leur style depuis le début du collège et l’émancipation croissante face aux parents, pour eux comme pour leurs pairs. Il s’agit là d’une trajectoire aux ondulations plus ou moins fortes selon le nombre et la diversité des styles empruntés.

Pour tous, l’évolution de leur style souligne le cycle de vie, la rupture entre le collège et le lycée et le processus d’individualisation progressif de la gestion des habits prise en charge par la mère à l’adoption de son propre style. Durant les premières années de collège, Salomé ne pouvait participer aux décisions la concernant. Elle a donc pris une taille plus grande. L’adolescent gagne en sentiment de liberté, notamment au travers des achats effectués entre amis en l’absence de contrôle parental.

« Avant, le regard des autres ne m’intéressait pas, il y a 2 ans. Le déclic a eu lieu à partir de la 5ème-4ème. Je ne recherchais rien de précis, c’est ma mère qui m’habillait. (Salomé,3ème, 15 ans, Neuilly)

L’intérêt pour les vêtements croît en parallèle avec l’intérêt pour le regard des autres et le poids des marques. Parmi les raisons avancées par les adolescents de l’évolution de leur style, nous trouvons l’influence de la musique

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Styles des adolescents – Styles vêtements

Styles des adolescents – Styles vêtements

3. Un style pour soi

Le bricolage de soi prend le relais de l’ancienne identité établie sur le fond des appartenances et de la transmission sociale, acquise lors de la socialisation primaire. Enfant, il suivait les injonctions parentales.

Adolescent, il expérimente ce bricolage et retravaille le sentiment de soi au travers de ses choix vestimentaires tout au long du collège et du lycée. L’attention portée à la présentation de soi et à la mode reflète le narcissisme des adolescentes, dont Salomé est emblématique. En effet, son interview tourne pour une part importante autour d’elle et de sa beauté, beauté dont elle fait un critère affinitaire.

« J’appartiens à un clan de 7, les plus beaux et les plus belles. C’est un clan assez fermé, il n’y a que des élèves de ma classe. Il s’est formé très vite dès la 1ère semaine. » (Salomé, 15 ans, en 3ème, Neuilly)

A l’adolescence, on assiste à une inflation du narcissisme décrite par de nombreux psychanalystes. . Ainsi, 71% des ados déclarent faire attention à leur apparence. C’est en se plaisant à soi-même qu’on a toutes les chances de plaire aux autres. À défaut de se connaître soi-même, s’aimer, c’est déjà ça. L’image de soi, le temps, le soin qui lui sont consacrés sont des caractéristiques majeures ; d’ailleurs, le temps d’occupation de la salle de bain augmente considérablement entre l’enfance et l’adolescence.

L’expérimentation vestimentaire est une forme de socialisation et de

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Vêtements pour les fêtes entre amis – Adolescents

Vêtements pour les fêtes entre amis – Adolescents

2. La mise en scène occasionnelle ou festive

Le choix de la tenue est fortement contextualisé, relativement soumis aux évaluations normatives ambiantes, il varie selon les circonstances sociales (cérémonies religieuses, fêtes familiales ou entre jeunes…). Pour Berger et Luckmann, les canons sociaux de l’habillement selon les différentes occasions sont acquis au cours de la socialisation secondaire et sont considérés comme allant de soi dans la vie quotidienne.

Hors institution scolaire, l’adolescent réactive ses autres dimensions identitaires et peut aller jusqu’à modifier fortement sa présentation de soi. Lorsqu’il sort en famille, c’est sa dimension identitaire d’enfant qui prévaut, lorsqu’il se rend à la synagogue, c’est celle de « juif » qui est réactualisée.

« Quand je vais à des dîners avec mes parents ou à la synagogue, je mets des chaussures plus habillées des Santony et des Chmoove. » (Grégory, 3e, 14 ans, Neuilly)

Pour Maïmouna, dont les parents sont d’origine ivoirienne, les fêtes familiales sont l’occasion de se libérer des normes locales pour arborer une tenue typique aux couleurs plus fortes, elle affiche et revendique clairement sa dimension identitaire d’ivoirienne, sa dimension culturelle.

« Pour les baptêmes, pour les anniversaires de mes tantes ou de mes cousines, je porte les habits de mon pays : un haut (à manches longues) avec un pagne dans un tissu (qui se tient) qui a été frappé. (blanc + couleurs vives). Je ne vais jamais

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Choix des vêtements au quotidien

Choix des vêtements au quotidien

D. La mise en scène de soi

Pour G.H. Mead, c’est dans le cadre de l’interaction sociale que l’individu émerge et prend conscience de soi. Questionnant son identité, son rapport aux autres, l’adolescent cherche des réponses en allant de son propre miroir à celui que tendent les autres : les amis, les frères et sœurs, la bande, les amoureux (ses). L’identité, le soi, est constituée de l’ensemble des images que les autres me renvoient de moi-même et que l’on intériorise.

Comme les jeux vidéos, le cinéma ou la musique, la mode vestimentaire n’est pas seulement un univers de consommation, mais aussi un support à l’affirmation des identités. L’affirmation de ses choix et de ses préférences est l’objet d’un travail de représentation sur la scène sociale.

L’intérêt que les adolescents accordent à la présentation de soi, l’attention qu’ils lui portent, la conscience qu’ils ont des profits qu’elle apporte et les investissements de temps, d’efforts, de soin, de consultation des amis et d’argent qu’ils lui consentent, sont proportionnels aux chances de profits symboliques qu’ils peuvent en attendrent auprès de leurs pairs, de l’image identitaire qu’ils leur valideront.

Toutes les mises en scènes des plus quotidiennes aux plus sophistiquées ne sont jamais que des parades au sens éthologique du terme. Le style, l’assemblage, les couleurs, les motifs, la coupe permettent des combinaisons singulières. Mais nous allons voir combien les enjeux changent entre la

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